Résister aux effets psychologiques de la violence

Ça peut arriver à tout le monde de vivre un événement qui met la vie en danger ou apporte de la souffrance : accidents, violences, catastrophes naturelles, interventions médicales lourdes, la perte d’une personne proche, ou encore être témoin d’un tel événement. Ces événements sont profondément déstabilisants ; on les appelle des événements traumatiques. Un traumatisme a lieu quand nos limites sont transgressées de manière grave et brutale, soudaine ou répétitive, et qu’il n’y a pas possibilité de donner un sens, une place à la souffrance et à la colère qui en résultent. Surmonter un événement traumatique est un processus de guérison qui dure parfois toute la vie.

La plupart du temps, nous sommes capables de digérer ces traumatismes. Nous pouvons ressentir des émotions très fortes sur le moment et dans les jours qui suivent, mais avec le temps, leur intensité s’estompe et nous retrouvons un sens de normalité. Parfois cependant, cauchemars, flash-backs, hypervigilance, repli sur soi s’installent dans le long terme, nuisent à notre bien-être et peuvent même diminuer notre capacité de fonctionner dans la vie de tous les jours. On parle alors d’un état de stress post-traumatique (PTSD). Malheureusement, les femmes cumulent souvent plusieurs facteurs de risque, entre autres des victimisations précédentes, et développent en moyenne plus souvent un PTSD que les hommes. Une raison de nous outiller pour prévenir les séquelles psychologiques de la violence.

Comment alors garder son calme face au traumatisme et prévenir le PTSD ? Les émotions sont personnelles et chacun/e aura ses manières préférées de les gérer. Mais cela peut être utile de prendre conscience d’autres méthodes pour élargir notre boîte à outils. La gestion du stress s’organise dans trois domaines :

  • Les stratégies d’évitement du stress  : par exemple s’isoler, partir, se changer les idées, prendre du recul mental. En prenant ses distances avec ce qui stresse, il devient parfois plus facile de gérer le stress.
  • Les stratégies de proximité au stress  : par exemple analyser la situation, en parler, chercher une solution. Quand nous cherchons à contrôler ce qui nous stresse, nous espérons d’enlever le côté stressant.
  • Les stratégies de « self-care »  : par exemple respirer, se mettre à l’aise, boire un verre d’eau, techniques de relaxation. En prenant soin de notre bien-être physique, nous signalons à notre corps qu’il peut se calmer au lieu de nous rajouter de l’adrénaline supplémentaire.

Ces mêmes stratégies peuvent aussi être utilisées une fois que l’événement stressant est passé. Nos participantes nous ont donné de nombreux exemples pour les stratégies d’évitement qu’elles emploient pour se changer les idées, des mots-croisés jusqu’à sortir avec des ami/e/s. Dans le domaine des stratégies de proximité, en parler reste important pour elles aussi après-coup, mais elles parlent également de chercher du soutien psychologique professionnel et de développer des manières créatives de se libérer du traumatisme, par exemple par l’art ou l’activisme. Et leur liste de stratégies pour prendre soin d’elles-mêmes après un choc psychologique est longue, chacune ayant ses préférences. En général, l’effort physique (faire du sport, jardiner, nettoyer à fond...), la relaxation (bain chaud, massage, caresser son chat...) et l’appel à la créativité (jouer avec les enfants, inventer une nouvelle recette de cuisine, tenir un journal intime...) ont un impact positif sur notre capacité de gérer le stress.

Ces trois stratégies de gestion de stress sont de valeur égale. Le mieux est de combiner les trois pour couvrir le stress dans sa totalité. Evidemment, tout est une question de la dose, et ce qui est une technique de gestion de stress tout à fait convenable et efficace peut devenir destructrice si nous en faisons trop. Dans le cas des stratégies d’évitement, nous pouvons être tellement distantes de la situation que nous ratons des moments ou des informations cruciaux ; un trop d’évitement après un traumatisme peut aussi se présenter en forme de dissociation. Trop de proximité au stress risque à nous amener à des ruminations, à de la culpabilité ou encore à fatiguer notre entourage avec toujours les mêmes histoires. Dans le domaine du self-care, il y a le risque des dépendances, que ce soit de drogues licites ou illicites ou encore de sucre, de sexe ou de toute autre manière que nous avons trouvée pour nous faire du bien. Selon les études, la clé de la prévention du PTSD est et reste le soutien social. Donc, entourons-nous surtout avec des personnes qui nous font du bien et qui ne nous jugent pas !

Ces méthodes pour mieux maîtriser ses émotions face à un traumatisme peuvent être complétées par de l’aide professionnelle. Quand un événement traumatisant touche beaucoup de personnes à la fois (accident de train, attentat terroriste), les autorités mettent en place des services de soutien psychologique d’urgence ; en Belgique, c’est souvent la Croix Rouge qui en est chargée. Ces services proposent en général un débriefing psychologique en groupe qui permet aux personnes de reconstituer l’événement traumatisant et de partager leurs émotions. Une fois qu’un PTSD s’est manifesté, il y a aussi la possibilité de suivre une psychothérapie pour le traiter. Les meilleurs résultat ont été obtenus avec des thérapies cognitivo-comportementales centrées sur le traumatisme et avec la technique du EMDR (Eye Movement Desentization and Reprocessing). Des thérapeutes compétent/e/s sont listé/e/s par leurs fédérations professionnelles, et certain/e/s travaillent aussi dans les centre de santé mental et de guidance, présents à Bruxelles et en Wallonie, ce qui rend l’accès à ces thérapies plus accessible.


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