Plus de priorité pour les violences conjugales !

162 victimes tuées en 2013, quelque 40 000 plaintes par an, sans compter le « chiffre noir » qu’on sait très important : mais quel est donc ce fléau que toutes les polices du royaume devraient traquer sans relâche ? Non, ce n’est ni le terrorisme, ni les attaques à main armée, ni les méfaits des mafias de toutes sortes : ce fléau, ce sont les violences conjugales, appelées aussi pudiquement « violences entre partenaires », bien qu’en réalité, il s’agisse très majoritairement de celles que le partenaire masculin exerce contre la partenaire féminine. Parfois jusqu’à l’envoyer à l’hôpital, la détruire psychologiquement, ou même jusqu’à la mort. Rappelons que l’Agence européenne pour les droits fondamentaux établit le taux de victimisation des femmes belges à 24% pour les violences physiques et sexuelles et 44% pour les violences psychologiques de la part de leur partenaire, bien au-delà de la moyenne européenne.

Et voilà que le président de la Commission permanente de la police locale, Jean-Marie Brabant, annonce que dans le nouveau plan national de sécurité de la police, les violences conjugales ne seront plus une priorité, comme c’était le cas depuis 2008.

Le motif en serait double : d’une part parce que tout va mieux et que « Chacun sait maintenant comment il doit travailler » ; d’autre part... parce que tout va mal, car « De nombreux efforts ont été déployés, mais nous constatons que nous sommes parfois impuissants face au phénomène. La prévention a ses limites ». Autrement dit : ce ne serait plus une priorité, à la fois parce qu’au niveau policier, « tout va bien » mais aussi qu’on « ne peut pas y faire grand-chose »...

Que la prévention ait ses limites, notamment par manque de moyens récurrents pour d’autres approches que la répression, nous en savons quelque chose à Garance. Mais il est tout de même pour le moins étrange que la police abandonne une priorité par constat d’ « impuissance ». On pourrait croire au contraire qu’un tel constat, face à un phénomène aussi répandu, incite la police à investir davantage dans les moyens matériels et humains, la formation de ses agent/e/s, ou les collaborations avec les associations s’occupant des victimes ou des auteurs... Quant à l’idée que désormais, l’accueil des victimes ou le suivi des plaintes ont atteint une qualité satisfaisante, il suffit d’entendre certains témoignages de femmes toujours encore mal reçues dans les commissariats, pour se rendre compte qu’il reste beaucoup d’efforts à faire.

Il n’y a pas si longtemps, les violences conjugales étaient considérées comme une « affaire privée ». C’est une acquis des luttes féministes que ce sujet soit sorti des cuisines et des chambres à coucher pour devenir une question politique. En 2004, la procureure de Liège Anne Bourguignont publiait une circulaire « tolérance zéro », élargie ensuite à l’ensemble du pays : finis les classements sans suite, désormais chaque constat, chaque plainte devrait faire l’objet d’un signalement. C’était aussi un message aux victimes comme aux auteurs : « Il y aura désormais une réaction immédiate du parquet dès le moindre fait de violence, depuis la simple gifle aux faits plus graves », annonçait Anne Bourguignont.

Mais quel est donc le message lancé aujourd’hui par la police, quand elle affirme que les violences conjugales ne seront plus une priorité ? « Une gifle pour des milliers de victimes », s’insurge Amnesty International.

Des femmes et des hommes politiques ont également réagi très négativement. Interpellé à la Chambre, le ministre de l’Intérieur Jan Jambon a répondu que les violences conjugales restaient « un point d’attention extrêmement important », mais aussi que rien n’était encore définitivement décidé quant aux priorités du plan national de sécurité. Raison de plus pour s’indigner en faisant le plus de bruit possible !


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