OMS : Une vue mondiale sur les violences

C’est un travail gigantesque que présente l’enquête de l’Organisation Mondiale de la Santé sur les violences : elle porte sur 133 pays, couvrant plus de 6 milliards de personnes, soit près de 90% des habitant/e/s de notre terre. Elle reprend toutes les formes de violences (hors conflits armés), les met en chiffres, en décortique les conséquences mais surtout, analyse ce que font (ou non) les Etats pour les prévenir, et termine par une série de recommandations.

Les chiffres confirment parfois ce qu’on savait déjà : sur les 475 000 homicides commis en 2012, 60% des victimes sont des hommes entre 15 et 44 ans. Les femmes sont surtout victimes d’agressions sexuelles. Ainsi, une femme sur cinq déclare qu’elle a été abusée sexuellement dans son enfance. Parfois aussi, les chiffres vont à l’encontre des idées reçues : ainsi, alors qu’on nous vend souvent le monde comme de plus en plus dangereux, nécessitant de plus en plus de mesures sécuritaires, le nombre d’homicides est en baisse constante. Et c’est surtout vrai dans nos pays riches (diminution de 39% du nombre d’homicides entre 2000 et 2012, contre une moyenne de 16% à l’échelle de la planète).

Quand il s’agit de développer la prévention, l’étude relève les principaux obstacles : le premier étant les lacunes dans la récolte des données. Il est difficile de s’attaquer à un problème qu’on n’a pas correctement identifié. Autre problème, la modestie des moyens mis en œuvre : si de nombreux pays déclarent lutter contre les violences, l’enquête de l’OMS arrive à la conclusion que trop souvent, « l’échelle adoptée est sans commune mesure avec l’ampleur et la gravité du problème ».

Enfin, même quand des réponses législatives satisfaisantes sont mises en place, leur application montre de nombreuses lacunes. C’est particulièrement vrai concernant les lois contre les violences intrafamiliales : elles existent dans 87% des pays étudiés mais ne sont vraiment appliqués que dans la moitié d’entre eux.

Et la Belgique dans tout cela ? Le gouvernement fédéral a co-financé cette étude, et c’est tout à son honneur. A première vue, notre pays s’en tire très bien, car la grande majorité des cases relatives aux mesures prises ont été cochées. C’est vrai, la Belgique a des lois sur tous les sujets concernés, qu’il s’agisse du contrôle des armes à feu ou de la maltraitance des personnes âgées ; mais il nous semble que le questionnaire a été rempli avec beaucoup d’optimisme. Par exemple, nous y apprenons que la Belgique s’est dotée d’un plan d’action national contre les violences sexuelles et d’une étude nationale sur les violences sexuelles. Si c’est réellement le cas, il doit s’agir de secrets d’Etat, car personne dans le secteur n’est au courant... Lire que la Belgique applique sa loi contre le viol « pleinement », voilà qui fait également hésiter. C’est quand même en Belgique que seulement 4% des plaintes déposées pour viol aboutissent à une condamnation ? Dès lors, parler d’une pleine application de la loi nous semble, pour le dire diplomatiquement, exagéré. Il aurait fallu signaler qu’une grande partie des questions sur les services proposées aux victimes ou les campagnes de prévention ne sont plus organisées au niveau fédéral depuis longtemps, mais au niveau des communautés et régions. C’est une précision qui figure dans certaines réponses, mais pour la majorité, nous lisons que la Belgique a UNE campagne préventive contre la maltraitance des personnes âgées, UN programme visant les écoles pour lutter contre les violences sexuelles, etc.

D’autre part, malgré cet optimisme exagéré, quelques trous béants apparaissent dans l’approche belge de lutte contre les violences. Ainsi, par exemple, la prévention auprès des enfants et des jeunes, les services d’aide aux adultes victimes de violence, notamment dans le domaine de la santé mentale, tout cela reste une tapisserie incomplète où tout dépend de ce qu’on pourrait appeler la loterie du code postal : l’accès à des services et à l’exercice de ses droits dépend encore trop souvent du hasard de domicile. La régionalisation d’un nombre croissant de compétences risque d’aggraver l’inégalité des Belges devant les violences.

Les recommandations générales sont autant de réponses aux lacunes internationales comme belges : récolte de données, application des lois, moyens suffisants... A noter que pour lutter contre les violences à l’encontre des femmes, les mesures les plus efficaces sont celles qui favorisent l’égalité entre hommes et femmes, sur tous les plans.

Le rapport complet en anglais est disponible ici : http://www.who.int/violence_injury_...
Un résumé est disponible en français :
http://www.who.int/violence_injury_...


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