L’autodéfense, un outil contre la peur

Quels sont les facteurs qui aggravent le « sentiment d’insécurité » ? Et quels sont ceux qui, au contraire, aident à combattre les peurs ? Voilà des questions qui nous intéressent à Garance – surtout quand l’autodéfense est un des éléments pris en compte.

C’est tout l’intérêt de la thèse en sciences de la Communication, réalisée par Femke Geusens de la KU Leuven.

Partons d’un constat : la plupart des gens n’ont pas été confrontés personnellement à des événements violents, pourtant ils et elles ont des idées bien arrêtées sur ce qui est « dangereux » - lieux, moments, circonstances, personnes... L’idée que les gens se font du monde qui les entoure ne vient donc pas directement de leur expérience, ni de la lecture d’études scientifiques, mais d’autres sources, et notamment de la télévision. Or ce sentiment d’insécurité, basé sur des croyances davantage que sur les faits réels, n’est pas sans conséquences, notamment pour les femmes qui y sont particulièrement sensibles. Ce qui les amène à des comportements d’évitement qui restreignent leur liberté de mouvement et leur participation citoyenne.

A en croire la littérature sur le sujet, plus une personne regarde la télé, plus elle pense que le monde est violent et dangereux, ce qui augmente évidemment son degré d’anxiété. D’un autre côté, qui pratique une forme d’autodéfense vit moins d’anxiété par rapport à la violence et à la criminalité.

Pour vérifier ces hypothèses, Femke Geusens a construit une expérience avec des étudiantes d’écoles supérieures ou d’universités de plus de 18 ans, une population homogène pour éviter que d’autres variables non contrôlées puissent interférer dans les résultats. La moitié des 237 personnes finalement retenues avaient pratiqué l’autodéfense, l’autre non.

Pour ce qui concerne la télévision, il faut naturellement distinguer spectatrices occasionnelles et « addicts », puisque le temps passé devant la télé semble en lien avec les peurs développées. Il faut aussi distinguer le type d’émissions regardées : même si on peut voir des images de violences aussi bien dans un journal télévisé ou un reportage que dans un film ou une série, l’effet n’est pas le même.

Femke Geusens a donc placé ses cobayes devant deux extraits portant sur le même thème, des violences sexuelles impliquant un chauffeur de taxi, pour constater que la fiction provoque plus d’angoisse que les infos. Ce qui peut se comprendre, car (entre autres facteurs) l’info s’adresse à notre intellect alors que la fiction joue sur l’émotionnel.

Dans une partie intéressante de son travail, Femke Geusens note à quel point la représentation donnée de la délinquance par les médias, et la télé en particulier, correspond peu à la réalité : les meurtres sont sur-représentés par rapport aux vols, le pourcentage d’auteurs masculins, bien que majoritaire aussi dans les films, est encore inférieur à la réalité. Les jeunes comme auteurs et les femmes comme victimes sont également sur-représenté/e/s, ce qui n’est pas sans conséquence sur la façon dont on s’imagine d’une part le danger, et d’autre part sa propre capacité à y faire face. En ce qui concerne plus particulièrement le cas du viol, l’auteur « fictionnel » en est la plupart du temps un agresseur inconnu, ce qui est contraire à la réalité où la majorité des victimes connaissent leur agresseur (qui est souvent même un proche).

L’hypothèse (surtout nord-américaine) du lien entre nombre d’heures passées devant la télé et sentiment d’insécurité n’a pas été confirmé dans cette recherche. Il est vrai que l’échantillon choisi – des étudiantes – ne fait pas partie des catégories de population les plus « scotchées » à l’écran télé.
Mais le résultat le plus significatif – et le plus intéressant pour Garance – porte sur les effets de la pratique ou non de cours d’autodéfense. Indépendamment de tous les autres facteurs, les jeunes femmes qui pratiquent une forme d’autodéfense éprouvent significativement moins de craintes face à la criminalité que celles qui n’en pratiquent pas. Cette influence ne se manifeste pas tant par une perception différente du risque, mais celles qui ont pratiqué l’autodéfense ont l’impression d’avoir davantage de contrôle sur une situation périlleuse et d’être capables de se défendre en cas de danger.

A noter que les cours donnés par une formatrice accordent plus d’attention aux besoins spécifiques des femmes que ceux donnés par un formateur masculin. L’auteure insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas seulement de « techniques », mais aussi d’estime de soi et de confiance : des points particulièrement travaillés en autodéfense féministe !

Femke Geusens souligne elle-même les limites de son étude, qui concerne des jeunes femmes de 18 à 34 ans regardant peu la télé. D’autres publics – dont des hommes, des personnes âgées... – devraient être impliqués dans ce type de recherches. En tout cas, une conclusion semble déjà s’imposer : contre la peur et toutes les limitations qu’elle risque d’apporter à notre liberté, la meilleure arme, c’est l’autodéfense telle que la pratique Garance !


Avec le soutien de la COCOF - © 2009 Garance ASBL
© 2009 Garance ASBL - www.garance.be - info@garance.be