La « vengeance d’une femme »

La vengeance est un plat qui se vend bien : du moins en croire le succès de l’ouvrage de Valérie Trierweiler relatant ses heurs et malheurs aux côtés de François Hollande dans son livre « Merci pour ce moment ». Elle l’aimait, il l’a larguée, de la façon la plus grossière qui soit, puisqu’elle a découvert qu’il avait une autre relation par des photos en première page du magazine people Closer. Pendant des mois, dans le plus grand secret, elle a fourbi ses armes, et en ce début septembre, bang ! La bombe a été lâchée sur la tête d’un président dont la cote de popularité, dans les 13%, était déjà la plus basse de toute l’histoire de la Ve République française.

On n’a pas lu – et on ne lira pas – le livre, mais on a lu la presse. Le terme qui revient le plus souvent est celui-là : « vengeance ». « La vengeance est mauvaise conseillère » (Rue 89). « La vengeance d’une femme blessée » (Le Parisien). « Vengeance intime » dans Libération., « Vengeance littéraire » dans le Monde, « La vengeance d’une courtisane » (Agoravox). « Le désir de vengeance peut devenir un cercle vicieux », alerte un sexologue sur le site du Nouvel Observateur. Même sans employer ce terme, Politis est sans pitié : « Une sale bonne femme écrit un sale livre sur un sale président ».

Même la presse étrangère s’en mêle. En Italie, la Stampa parle d’une « vengeance froide » tandis que le Daily mail reprend un surnom dont a été affublée la « première dame de France », « Valérie Rottweiler ». Les mieux disposés trouvent que l’éditeur est plus coupable que l’auteure – car lui ne peut tabler sur aucune émotion, si ce n’est l’amour du fric – ou alors, s’épanchent sur le « tragique surinvestissement sentimental des femmes »

On l’aura compris, l’ouvrage de Valérie Trierweiler provoque peu de réactions de sympathie, au plus des circonstances atténuantes doublées d’une bonne dose d’essentialisme : le sentimentalisme tellement féminin...

Il est intéressant de faire le parallèle avec la façon dont les médias traitent le cas de ces hommes qui, ne supportant pas d’être quittés, harcèlent leur « ex » et finissent même par la tuer. « Basse vengeance » ? « Réaction de pit bull » ? Effet d’un « tragique surinvestissement orgueilleux des hommes » ? Pas du tout !

Un homme quitté qui tue une femme a droit à la compréhension, sinon à la compassion médiatique. Il s’agit d’un « crime passionnel », d’un « drame familial », comme trop souvent encore, les violences à l’égard des femmes sont traitées avec une grande indulgence. Et quand l’auteur est présenté comme un « amoureux éconduit » - on parle beaucoup d’ « amour » dans ces cas-là, alors qu’il est surtout question de pouvoir et de possession – cela n’a pas le même poids de condamnation que le terme de « courtisane ».
Nous en parlions dans notre Newsletter d’octobre 2013, « Les mots pour le dire » :
« Quand les médias parlent des violences faites aux femmes, quels sont les mots qu’ils emploient ? De meurtres maquillés en « crimes passionnels » ou en « disputes qui ont mal tourné », des jeux de mots douteux (« le boxeur cocu met sa femme KO ») mais aussi des « conseils » de restreindre sa liberté (« ne sortez pas seules ») : un florilège affligeant de dénis, de minimalisations ou de déformations des réalités vécues par les femmes ».

Le comble ayant peut-être été atteint avec l’histoire de Jean-Marie Demange : en novembre 2008, ce député tue son ancienne compagne d’une balle dans la tempe, après l’avoir battue sur le balcon d’un immeuble du centre-ville de Thionville, puis se suicide en retournant l’arme contre lui. Le jour même, l’Assemblée nationale observe une minute de silence à sa mémoire (à lui)...

En résumé donc : une femme qui porte un coup de couteau (symbolique) dans le dos de son ex partenaire, c’est une « basse vengeance ». Un homme qui porte un coup de couteau (réel) dans le ventre de son ex, c’est un drame de la passion...


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