Garance soutient l’Alternatieve Pride Alternative !

Ce 17 mai, journée mondiale de lutte contre l’homophobie, la « Pride 4every1 » s’emparera des rues de Bruxelles. Aucun doute quant au succès de foule : on attend quelque 80 000 personnes, militant/e/s, fêtard/e/s, associations, chars commerciaux, sans oublier une présence des partis politiques encore plus importante que les années précédentes, à une semaine des élections.

A l’avant de la marche, juste derrière le premier char, il y aura un groupe inédit : l’Alternatieve Pride Alternative, autrement dit APA Belgium. C’est un collectif d’associations [1] dont Garance fait logiquement partie : d’une part parce que la lutte contre les discriminations et les violences faites aux LGBTQI fait partie de notre mission et que nous pensons aussi que la Pride est loin d’épuiser son potentiel de pression politique pour faire avancer ce sujet ; et d’autre part, plus largement, parce que nous nous posons des questions sur le manque de liens et parfois même sur les oppositions par rapport au féminisme, alors que ces deux mouvements devraient être des alliés.

L’APA s’est formée au départ autour de militant/e/s LGBTQI et féministes qui ne se reconnaissaient pas, ou plus, dans l’évolution de la Pride : trop commerciale, trop bruyante, trop peu ouverte aux débats, donnant trop peu de place aux associations.... Rappelant que la Pride n’est pas seulement un événement festif mais une manière de commémorer les émeutes de Stonewall [2], l’APA souligne que les progrès législatifs obtenus en Belgique « n’ont pas résolu à eux seuls les problèmes auxquels sont confrontées les personnes LGBTQI en Belgique et dans le monde. Ils n’ont pas non plus permis d’assurer la sécurité et le bien-être des LGBTQI dans certains autres pays du globe ». Par conséquent, l’APA « souhaite que la célébration festive de ces acquis n’invisibilise pas les problèmes auxquels sont encore confrontées les personnes LGBTQI » en Belgique et ailleurs   : cela va des agressions verbales et physiques aux discriminations dans l’emploi ou le logement, le harcèlement en rue ou au travail, la médicalisation (allant jusqu’à la mutilation) des personnes trans et intersexes, ou encore aux traitements humiliants lors des procédures de demandes d’asile.

Plus largement, l’APA veut réunir des militant/e/s d’autres terrains de lutte, « féministes, anti-racistes, anti-capitalistes, body-positive, handies, et militantes pour les droits humains » qui veulent repolitiser la marche : « Parce que « célébration » rime avec « modération » ; parce que « lutte pour l’égalité » et « attraction commerciale » ne font pas forcément bon ménage ; parce que ce qui s’est gagné peut rapidement se perdre ; parce que pendant que nous ferons la fête ce 17 mai 2014 d’autres souffriront injustement (...) Parce que dépolitiser le débat, tel que le fait « The Pride » aujourd’hui, c’est aussi refuser d’envisager une plus grande solidarité entre les minorités contre les différents systèmes d’oppression qui sont interconnectés… » Les associations et militant/e/s qui auront rejoint l’APA espèrent ainsi être bien visibles, y compris pour les médias, avant le déferlement de chars et de musique.

Mais « The Pride », ce n’est pas seulement un défilé, c’est aussi un festival dans les 15 jours qui précèdent avec, cette année, également un débat préélectoral qui a réuni le 6 mai dernier les représentant/e/s de 11 partis politiques, francophones et néerlandophones.

L’un des thèmes abordés furent les violences homo- et transphobes, contre lesquels un Plan d’Action Interfédéral a été élaboré par le gouvernement. Une initiative à saluer, certes, mais non sans critiques.

Lors du débat, les différents partis politiques n’ont pas vraiment apporté de propositions innovantes à ce sujet : sensibiliser la police, la magistrature, le corps médical, mieux informer et former les jeunes (notamment à travers le programme EVRAS [3]), suivre l’application du plan et l’évaluer... Tout le monde semblait d’accord sur la faiblesse des moyens, mais si pour les uns il faut les augmenter, pour d’autres il s’agit plutôt d’une « réallocation »... on peut donc se demander au détriment de qui. Le plan précise d’ailleurs bien que les mesures proposées doivent rester « dans le cadre des ressources disponibles ».
Le Plan souffre cependant d’autres insuffisances qui n’ont pu être abordées, faute de temps (mais Garance ne s’est pas privée de soulever ces lacunes lors du débat) :

  • l’absence de reconnaissance d’une expertise féministe, même sur des questions de « genre et violences » ;
  • une invisibilité des lesbiennes, pour lesquelles aucun mesure spécifique n’est prévue et qui sont d’ailleurs sous-représentées dans l’élaboration du PAN autant que dans le groupe d’expert/e/s qui doit accompagner sa réalisation ;
  • une priorité donnée à la « sensibilisation » et à la « répression », sans projets ni moyens pour un vrai travail de prévention qui est pourtant, en matière de violences, à la fois le moins coûteux et le plus efficace [4] ;
  • Au-delà de la Pride, au-delà des élections du 25 mai, l’APA aura certainement un rôle à jouer dans une repolitisation du mouvement LGBTQI. Garance est prête à y participer.

[1Aux côtés d’Amnesty International, Exaequo, Fat Positivity Belgium, Fédération Laïque des Centres de Planning Familial (FLCPF), Genres d’à côté, Genres Pluriels, Merhaba, l’ Université des Femmes et quelques autres.

[2Le 27 juin 1969, la police effectuait une descente de plus dans ce bar gay de New York, au cours duquel une jeune trans sans-papiers se tuait en sautant par la fenêtre du troisième étage. S’en sont suivis plusieurs jours d’émeutes.

[3Education à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle


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