Première enquête européenne sur les violences faites aux femmes

Une Européenne sur trois a vécu de la violence physique ou sexuelle au moins une fois après ses 15 ans : voilà la première donnée qui frappe dans le rapport que l’Agence des droits fondamentaux (FRA) de l’Union européenne a présenté le 5 mars à la suite de son enquête sur les violences faites aux femmes. Une entreprise impressionnante : préparer et mener cette recherche a pris trois ans, et 42 000 femmes dans les 28 pays membres ont été interviewées. Les résultats confirment ce que des enquêtes nationales ont déjà mis en lumière ces dernières décennies, mais – et c’est une première – cette fois-ci, les données sont comparables, car partout, les questions posées étaient les mêmes.

Une Européenne sur trois, cela correspond au chiffre impressionnant de 63 millions de femmes qui ont vécu des violences. Chaque année, 13 millions d’Européennes vivent de la violence physique et 4 millions de la violence sexuelle. En creusant un peu, cette image des dangers que les femmes courent simplement parce qu’elles sont des femmes devient encore plus inquiétante.

Car 43% des Européennes ont vécu de la violence psychologique de la part d’un partenaire. 18% ont été harcelées, et chaque année, en moyenne, ce sont 9 millions de femmes qui subissent du harcèlement. Pour prévenir les commentaires prétendant que le harcèlement passera bien tout seul, ajoutons qu’un cinquième des femmes harcelées vivent cette situation pendant plus de deux ans. Trois quarts des cas, même les plus graves, ne sont jamais rapportés à la police. Le cyberharcèlement émerge comme une problématique nouvelle : 4% des femmes de moins de 30 ans vivent cela chaque année, et chez les femmes de plus de 60 ans, il y en a encore 0,3%.

Le harcèlement sexuel touche même plus que la moitié des Européennes (55%), et chaque année, 39 millions de femmes en sont victimes. Un tiers de ces agressions ont lieu dans le contexte du travail. S’il fallait encore une preuve qu’il s’agit d’un comportement dont le but est de maintenir la domination masculine, on ne pourrait pas mieux faire : trois quarts des femmes cadres ou actives dans les professions libérales ont été confrontées à des attouchements, commentaires, blagues, invitations etc. déplacées et dégradantes.

Ce climat de violences ne manque pas d’agir sur le sentiment de sécurité des femmes en Europe. Sur une année, une sur cinq craint d’être agressée sexuellement ou physiquement. Plus de la moitié des Européennes adoptent des comportements d’évitement qui limitent leur liberté et leur mobilité : par exemple, 14% ne sortent pas seules par peur d’être agressées dans l’espace public, et en sens inverse, 4% des femmes ont peur de rentrer chez elles. Au contraire d’autres études plus larges sur le sentiment d’insécurité, ici, les jeunes femmes ont plus peur que les femmes plus âgées. Cela s’explique par la question explicite portant sur la peur d’être agressées dans des lieux publics et par des inconnus, les femmes âgées craignant plus des délits de propriété que des violences contre la personne.

Particulièrement intéressante pour Garance était la question de savoir si les femmes portaient quelque chose sur elles pour pouvoir se défendre. Ce n’est pas forcément une indication de leur capacité réelle de se défendre, mais témoigne en tout cas de leur volonté de ne pas se laisser faire. 8% des femmes répondent par l’affirmative à cette question, et c’est encore plus fréquent chez des femmes plus jeunes.

La Belgique ne sort pas à son avantage de cette comparaison européenne. C’est seulement par rapport aux violences physiques vécues avant les 15 ans qu’elle peut être un modèle, avec 14% des femmes rapportant avoir vécu cela, contre 27% en moyenne. Mais sinon, toutes les formes de violence examinées dans l’enquête sont plus fréquentes en Belgique que dans la moyenne européenne. Les Belges vivent légèrement plus de violences physiques et sexuelles, de violences conjugales, du harcèlement sexuel et des violences sexuelles avant leurs 15 ans. Mais surtout, et c’est particulièrement inquiétant, elles sont confrontées beaucoup plus souvent à du harcèlement. En conséquence de quoi les femmes en Belgique manifestent aussi un sentiment d’insécurité plus important et davantage de comportements d’évitement. Du côté positif, il faut souligner que dans notre pays, par rapport à la moyenne européenne, les femmes s’adressent plus souvent à la police pour porter plainte et sont plus nombreuses à connaître des services d’aide.

Ce ne sont que les informations les plus saillantes que l’on peut tirer de cette recherche. Nous encourageons nos lectrices/teurs à consulter non seulement le résumé et le rapport complet (en anglais) de cette enquête, mais aussi les données et cartes mises à disposition sur le site de la FRA.


Avec le soutien de la COCOF - © 2009 Garance ASBL
© 2009 Garance ASBL - www.garance.be - info@garance.be