Deux épisodes à 15 ans d’intervalle

Mapuche, 30 ans

Lorsque j’étais ado, 13-14 ans, il y avait un surveillant dans mon collège, un vieux (au moins 30 ans à l’époque !). Avec mes copines, nous étions assez rebelles, et lui et ses collègues avaient souvent fort à faire avec nous. Mais lui, petit à petit, a commencé à franchir les limites. Il était trop familier en paroles, et, avec moi, est devenu trop proche physiquement, ce qui me mettait mal à l’aise, mais de manière diffuse.

J’étais moi-même dans la provocation, comme une ado peut l’être à cet âge, mais pas sur un mode sexuel. Il m’attrapait à certains moments, comme par jeux, faisant semblant de sévir, et je sentais bien une gêne chez mes copines qui assistaient à cela. Un jour comme ça, il m’a poussé dans un placard avec lui et a refermé la porte, avant de me laisser sortir immédiatement parce que je ne riais plus du tout. Un autre jour, j’étais assise sur un muret, et il est venu se mettre devant moi pour me parler, et a posé les mains sur mes cuisses. Là j’étais carrément choquée mais sans pouvoir définir ce malaise, et lui mettre le holà.

Il a fallu que je sois convoquée chez le conseiller d’orientation (le supérieur de cet homme) pour que je réalise que c’était à ça qu’était dû mon impression de malaise. Mes copines étaient allées lui dire ce qui se passait, et c’est lui qui a mit des mots sur ce que je ressentais, qui m’ont soulagée : « on m’a dit que Mr... se comporte de manière inadéquate avec toi. Il n’a pas le droit de te toucher, c’est un adulte, les adultes n’ont pas le droit de toucher les enfants, même s’ils sont grands. C’est grave et il ne faut pas hésiter à en parler, à moi ou à un professeur si des choses comme ça se produisent. Toi tu n’as rien fait de mal, c’est lui qui doit connaître les limites. » Suite à cela, le surveillant a du être rappelé à l’ordre car il m’a évité toute la fin de l’année.

Il y a quelques jours, je descendais du tram et mon regard a croisé brièvement celui d’un homme qui allait en sens inverse. En continuant mon chemin, je m’étonne vaguement de le recroiser, lui qui semblait aller dans l’autre sens. J’entre dans un magasin, et je le vois dans les rayons, l’air de ne pas savoir ce qu’il fait là. Je sors et traverse la rue, aux aguets, le mec sort également et je le vois qui me cherche manifestement des yeux.

J’entre alors dans une banque, alors que je n’ai rien à y faire, histoire de voir s’il attend que j’en sorte ou si j’ai mal interprété son comportement (mais à ce stade, je sentais déjà clairement que c’était moi qui était visée). Je réfléchis, je n’ai pas peur car il est 18h, les rues sont animées, même s’il fait nuit. J’hésite pourtant à rentrer à mon domicile tout proche pour ne pas l’attirer vers chez moi. Je tourne quand même au coin de la rue, avance un peu, puis m’arrête résolument sur le trottoir ou je l’attends (de pied
ferme !). Car bien sûr il m’a emboîté le pas.

Lorsqu’il est à quelques mètres, je lui demande à voix ferme et un peu menaçante :« Vous avez besoin de quelque chose Monsieur ? ». Il bredouille « non, je.. vais chercher ma voiture » en tendant le bras dans la direction opposée à celle que nous venons de prendre. Je lui dis « eh bien allez la chercher, vous êtes dans le mauvais sens, là. Vous me suivez ?! » « Non. » « Si. vous suivez les femmes dans la rue. Vous vous rendez compte ?! C’est pas bien, hein, faut faire attention. » Toujours en le foudroyant du regard et avec tout mon corps qui disait : « fais gaffe à ta gueule si tu persistes ». Il s’est excusé et est parti. J’ai attendu qu’il soit hors de vue pour me diriger vers la maison.

Mes conclusions :
Quand on est témoin de pression ou de violence, il faut oser nommer ce que l’on observe, car la victime en est peut-être incapable à ce moment-là. Cela peut suffire à la sortir de la torpeur/stupéfaction liée à la situation, et faire renoncer l’agresseur.

A priori, on est mieux armée à 30 ans qu’à 15 ou à 80 ans ! A 15 ans on a les jambes pour courir mais pas la répartie pour dérouter l’adversaire. A 80 ans, on connait la vie, on peut utiliser d’autres tactiques pour se défendre, mais le physique est moins fiable. Merci à Garance pour ces formations qui permettent de lier les deux, quel que soit notre âge ! Hâte de pouvoir en suivre une.


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