Colloque « Des femmes et défis » : conclusions de l’atelier « violences »

Le 29 janvier, Ecolo/Groen de la Région Bruxelles-Capitale organisait un colloque consacré aux féminismes, dans le cadre très officiel du Parlement bruxellois. Divers thèmes ont été abordés : travail, santé, diversité, réactions masculinistes au féminisme... Les violences à l’égard des femmes étaient abordées au cours d’un atelier animé par Garance, qui a pu ainsi mettre en avant ses analyses et ses propositions.

Dans notre atelier, une vingtaine de personnes, venues d’institutions, d’associations ou à titre personnel, ont discuté à la fois des constats et de propositions concrètes à soumettre aux politiques. Certains sujets ont donné lieu à débats. Pour certain/e/s, il faudrait plus de caméras, plus de présence visible de la police dans nos rues. Pour d’autres, y compris Garance, les caméras sont un système coûteux, qui n’a pas démontré son efficacité et qui ne remplace pas la présence humaine, qui ne se réduit pas d’ailleurs à la police : une rue envahie d’uniformes ne donne pas à tou/te/s un sentiment de sécurité... On peut préférer les gardiens de la paix mais, selon les témoignages, ils – et elles ! – devraient être mieux formé/e/s et sensibilisé/e/s aux questions de genre. De même, si l’impunité a été relevée par plusieurs intervenant/e/s, pour beaucoup la prison n’apparaît pas comme une solution. Ce n’est pas là qu’on apprend le respect, l’égalité ; c’est au contraire souvent une école de violence.

Garance a aussi dû mettre les choses au point sur la différence entre un « conflit » familial, où la médiation peut jouer un rôle, et des violences qui reposent sur un rapport de pouvoir. On n’a pas échappé sur la question des hommes battus. Il ne s’agit nullement de nier un phénomène, mais de se concentrer sur le thème du jour : les violences à l’égard des femmes.
L’atelier, très multiculturel – belgo-congolais-angolais-espagnol, entre autres – a permis aussi d’attirer l’attention sur les contextes culturels : si les violences sexuelles sont déjà difficiles à dénoncer pour des femmes belges – un viol sur dix seulement fait l’objet d’une plainte, rappelons-le – elles le sont d’autant plus dans les communautés africaines ; et le viol conjugal y est complètement tabou. Se pose aussi le problème de la langue, qui nécessite que l’information soit multilingue pour être accessible à toutes.

Le thème des médias a également été abordé. Garance s’est déjà insurgée à plusieurs reprises [1] contre la manière dont les violences conjugales sont présentées dans la presse. Un homme qui tue sa femme, cela devient un « crime passionnel » ou un « drame familial », où un homme désespéré a été « poussé à bout ». Une participante originaire d’Espagne – un pays qui avait fait beaucoup de progrès en matière de droits des femmes avant la régression actuelle – a signalé que là-bas, les journaux appelaient les choses par leur nom, en parlant de « violence machiste ». Voilà qui est plus clair. Mais comment changer cela ? En France, le projet de loi sur l’égalité des femmes et des hommes prévoit d’imposer aux écoles de journalisme un cours pour déconstruire les stéréotypes sexués. Ce qui a provoqué un tollé dans les milieux journalistiques, au nom de la liberté de la presse. Apparemment, l’égalité est une « contrainte » insupportable. Si les écoles de journalisme avaient spontanément introduit la question dans leurs cours, on n’en serait pas là...

Il est apparu aussi, au cours de la discussion, que le numéro d’appel Violences Conjugales, le 0800 30 030, reste mal connu, tout comme les divers services d’aide aux victimes. Les témoins d’agressions et de menaces, notamment, se sentent très désarmé/e/s [2].

Faire connaître ce qui existe paraît donc essentiel, avant même de développer de nouveaux services. De même, appliquer les lois existantes serait déjà un pas en avant, plutôt que de réagir à chaque fait divers par de nouvelles législations.

On en arrive donc aux propositions. Garance a mis en avant le thème qui lui tient à cœur : la prévention, qui est d’ailleurs, selon l’OMS, la manière la plus efficace - et la moins coûteuse - de faire baisser les violences. Mais cela implique une compétence bien identifiée, pas dispersée, comme aujourd’hui entre plusieurs ministères et niveaux de pouvoir (fédéral, régional, communautés, communes...). Et si la prévention est reconnue comme une priorité, il ne faut pas en rester aux discours ; car une priorité sans moyens humains et matériels n’en est pas une. Une ligne budgétaire spécifique semble donc indispensable. Cette revendication a rencontré un large consensus des participant/e/s à l’atelier.

Bien sûr, quand on parle de prévention, on ne peut qu’y inclure l’éducation à l’égalité, et ce dès la petite enfance, ce qui implique aussi une meilleure formation des enseignant/e/s.

Enfin, une proposition portée par des mouvements de femmes comme Vie Féminine a été soumise à réflexion : la création d’un Ministère des Droits des Femmes, une compétence centralisée si l’on est d’accord que les inégalités dont souffrent les femmes forment un système, qu’on ne peut vraiment séparer violences, inégalités professionnelles, santé, enseignement... Les droits de femmes sont trop souvent « noyés » dans la très générale « égalité des chances », comme si les femmes étaient une « minorité » parmi d’autres. De plus, le terme « droits des femmes » paraît plus clair que la référence à l’ « égalité entre femmes et hommes », qui laisse penser que les deux catégories sont à tour de rôle victimes de discriminations. Ce ministère ne prend évidemment tout son sens qu’au niveau fédéral.

Si cette revendication n’a pas rencontré de réticences, il faut tout de même ajouter que la mise en place d’un tel ministère ne suffit pas. On le voit bien en France, où des réformes socio-économiques (comme la réforme des retraites) torpillent la route vers l’égalité péniblement tracée. Les deux autres ateliers – l’un sur le travail, l’autre sur la diversité – ont tracé des pistes complémentaires pour que les différentes luttes se rencontrent et se renforcent. Le temps a manqué pour en faire une synthèse.
Enfin, une participante a proposé que nous, les femmes, nous mettions debout. Aucun doute là-dessus, et Garance y contribue par ses interventions et ses activités !


[1Voir par exemple dans la Newsletter d’octobre 2010 : « Des mots pour le dire » ou encore notre critique du cas Pistorius

[2Voir les deux articles sur la façon d’intervenir lorsqu’on est témoin de violences conjugales


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