Témoin de violences conjugales - que faire ? (Suite)

Dans un article précédent, nous avons présenté plusieurs manières d’intervenir quand on est témoin de violence conjugale dans l’espace public. Quand cela se passe dans notre voisinage, voire dans notre entourage plus proche, nous avons encore plus de possibilités d’intervenir. Mais il y a aussi plus d’enjeux, plus de précautions à prendre.

Par exemple, vous entendez régulièrement des cris, des engueulades, des pleurs chez vos voisins. Ce n’est pas seulement que le bruit vous dérange, mais vous vous faites du souci pour la victime de ces violences répétées. Sur le moment même, différentes manières d’intervenir sont possibles, tout comme dans l’espace public : vous pouvez sonner chez ces voisins en prétextant une excuse pour interrompre la situation ou pour confronter l’agresseur. Vous pouvez également appeler la police, même à chaque fois que vous entendez des attaques.

Mais comme vous habitez dans le même immeuble ou juste à côté, vous avez la possibilité d’intervenir en dehors des situations d’agressions. Par exemple, vous pouvez attendre de croiser votre voisine dans l’escalier ou au supermarché, ou vous pouvez sonner chez elle quand vous êtes sûr/e que l’agresseur n’est pas à la maison. C’est l’occasion de l’inviter à une conversation – mais si elle refuse, respectez son choix. Vous pourriez par exemple dire « Je ne sais pas très bien comment vous en parler car je ne voudrais pas vous blesser, mais l’autre jour, j’ai entendu votre mari crier très fort, et je me fais des soucis pour vous. Je voudrais juste que vous sachiez que tout le monde mérite d’être respecté, vous aussi. Et que si jamais vous avez besoin de quelque chose, vous pouvez toujours sonner chez moi. » Ne jugez pas sa situation ou son partenaire, car cela risque de la pousser à se replier sur elle-même, voire à défendre l’agresseur. Si elle se montre ouverte à ce que vous dites, vous pouvez aussi lui donner un dépliant d’information avec les numéros des services d’aide (disponible dans de nombreuses communes, ainsi qu’auprès des coordinations provinciales violence conjugale). Tout comme pour les situations de violence conjugale dans l’espace public, il faut comprendre ce qui se passe chez la victime pour adopter une attitude qui l’aide. C’est à elle de décider ce qu’elle veut faire et quand c’est le bon moment pour elle. Vous ne pouvez pas la pousser à agir, vous ne pouvez pas agir à sa place, mais vous pouvez la soutenir quand elle agit.

La violence conjugale peut aussi avoir lieu dans votre cercle de collègues, de connaissances, d’ami/e/s ou dans votre famille. Peut-être ça complique les choses pour vous, car vous craignez de vous brouiller avec vos proches si vous intervenez. Mais cela peut aussi être une force : sans doute n’êtes-vous pas la seule personne dans ce cercle qui trouve que la violence conjugale est inadmissible. Cherchez alors des allié/e/s avec qui vous pouvez partager vos observations et analyser vos possibilités d’action – et n’oubliez pas d’impliquer dans cette analyse, si possible, la personne la plus concernée, la victime. Est-ce que l’agresseur vous respecte assez pour vous écouter quand vous lui faites comprendre que c’est lui le seul responsable qui peut faire cesser la violence ? Est-ce que vous pouvez utiliser des menaces de poursuite ou la honte pour qu’il se tienne à carreau ? Est-ce que vous pouvez lui suggérer de chercher de l’aide, par exemple chez Praxis, pour se sentir mieux dans sa relation et ne plus recourir à la violence ? Est-ce que vous pouvez lui exprimer à quel point son comportement n’est ni normal, ni acceptable ? Est-ce que c’est mieux de le confronter à huis clos ou devant d’autres personnes, vous seul/e ou tout un comité d’action ? Quoi que vous choisissiez comme stratégie vis-à-vis l’agresseur, veillez toujours à ce que vos actions ne puissent pas se retourner contre la victime ; il ne faut jamais la prendre à témoin, citer des faits dont vous n’avez pas été témoin directement ou parler de son point de vue à elle. Parlez de votre point de vue à vous pour ne pas la mettre en danger et pour que cette confrontation reste une affaire entre vous et lui.

Envers la victime, vous avez aussi plus de possibilités de la soutenir. En plus de lui proposer une conversation comme à votre voisine (voir ci-dessus), vous pouvez aussi refuser que l’agresseur isole la victime de vous et d’autres allié/e/s potentiel/le/s. Ne vous découragez pas si vous devez répéter que votre porte est ouverte, que vous restez de son côté, indépendamment des décisions qu’elle prend (ou pas). Ecoutez-la sans juger ses choix et soulignez tout ce qu’elle a déjà mis en place pour sa sécurité. De cette manière, elle pourra plus facilement arriver à la conclusion qu’en fin de compte, les violences ne dépendent pas d’elle et de ses actes, que ce n’est pas de sa faute. Pour créer une bonne atmosphère pour cette conversation, évitez de poser des questions trop directes, car vous risquez de paraître envahissant/e. De même, ne mettez pas en avant vos propres expériences ou votre point de vue ou celui d’autres personnes. Une bonne idée est de lui faire sentir que vous avez compris sa situation et que vous vous faites du souci pour elle (comme dans l’exemple de la voisine). Par la suite, demandez-lui comment elle se sent avec ce qu’elle vit, ce qu’elle voudrait pour elle (et éventuellement ses enfants). Contentez-vous des informations qu’elle vous donne et acceptez sa manière de voir les choses. Vous pouvez réfléchir avec elle à la manière de réaliser ses souhaits et besoins. Gare aux jugements tranchés de l’agresseur ! Tant que la victime se trouve dans une emprise émotionnelle, elle risque de se sentir mal comprise et va prendre sa défense. Vous pouvez par contre qualifier les actes de l’agresseur comme n’étant pas normaux, comme inacceptables et injustifiables. La violence est un comportement appris qui ne changera pas tout seul. La victime n’a pas le pouvoir de changer l’agresseur ou son comportement. Elle ne peut changer que le sien.

Une fois qu’un lien de confiance est établi, demandez ce que vous pouvez faire pour soutenir la victime. Peut-être a-t-elle besoin d’un endroit sûr où garder des documents et affaires nécessaires si jamais elle doit quitter son domicile d’urgence. Peut-être que des occasions d’être loin de son agresseur, en dehors de ce climat de tension continue, pourraient lui faire du bien. Elle pourrait avoir besoin de votre témoignage si elle décide de porter plainte. Peut-être ça l’aidera si vous vous occupez des enfants pendant qu’elle fait des démarches pour s’en sortir ou tout simplement pour pouvoir reprendre ses esprits. Ou encore préfère-t-elle que vous l’accompagniez dans certaines démarches. C’est aussi une bonne idée d’aborder la sécurité avec elle : quelles sont ses options concrètes si elle se voit de nouveau agressée chez elle ou ailleurs ? Peut-elle fuir, se mettre en sécurité, diminuer le risque de blessures physiques ou se défendre ? Comment peut-elle faire appel aux services de secours ? Pourrait-elle demander à des voisin/e/s d’appeler la police la prochaine fois qu’on entend des cris ? Pourrait-elle expliquer aux enfants comment appeler la police ou se réfugier chez les voisin/e/s ? On peut trouver d’autres idées encore sur la sécurité ici. Dans tout cela, c’est le choix de la victime qui compte, pas le vôtre.

Aider une personne victime de violence conjugale demande beaucoup de patience, d’empathie et d’énergie. Ce n’est pas facile de vivre en permanence dans l’inquiétude pour des proches et de se sentir impuissant/e ou, au moins, pas aussi puissant/e qu’on le voudrait. Il est également difficile d’accepter les choix de la victime sans jugement et de rester disponible pour elle. N’oubliez pas que vous aussi pouvez faire appel à du soutien pour tenir le coup, que ce soit auprès de vos proches ou de professionnel/le/s. Pour plus d’idées sur la manière d’aider des victimes de violence conjugale dans votre entourage, pour des bonnes adresses de services d’aide près de chez vous ou juste pour une oreille à l’écoute où vous pouvez exprimer vos doutes, vos frustrations, vos colères et vos tristesses, vous pouvez vous adresser à la ligne d’écoute violences conjugales.


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