Témoin de violence conjugale, que faire ?

Dans nos stages ou lors de conférences, on nous pose souvent cette question : si je suis témoin de violence conjugale, que puis-je faire ? Qu’est-ce qui peut arrêter cette violence, dans l’espace public, dans le voisinage ou même dans l’entourage plus proche ? De fait, ce n’est pas évident de trouver le juste milieu entre indifférence et intervention malvenue qui risque d’aggraver la situation. Nous ne pouvons que nous réjouir de constater que de plus en plus de personnes ne veulent plus fermer les yeux, mais agir. Voici donc quelques conseils de base, en droite ligne de nos formatrices d’autodéfense.

Nos possibilités d’action dépendent de la situation dans laquelle nous sommes témoins de violence. Partons d’abord du cas suivant : vous êtes dans un bus, un magasin ou dans la rue, et vous voyez un homme humilier sa femme devant tout le monde. Cela vous répugne, vous avez envie de faire quelque chose pour aider la victime. Premier conseil : ne vous appuyez pas sur la femme pour intervenir. Elle est déjà sous pression, a probablement très peur et n’est pas libre ne serait-ce que de vous répondre à la question de savoir si elle a besoin d’aide. La seule chose qui lui est peut-être possible est de jouer le jeu quand vous faites semblant de la connaître. Impliquez-la alors dans une conversation en l’éloignant de l’agresseur (« ah, quelle surprise de te voir ici, viens, je dois te montrer quelque chose... »). Pour toute autre intervention, adressez-vous uniquement à l’agresseur, même si cela vous fait mal au cœur d’ignorer la victime. Si vous êtes à plusieurs, vous pouvez plus facilement partager les rôles : une partie s’occupe de l’agresseur, l’autre propose pendant ce temps de l’aide à la victime.

Quant à l’agresseur, vous avez plusieurs stratégies à votre disposition. L’intervention paradoxale a déjà souvent porté des fruits : interrompez l’agresseur avec quelque chose qui n’a rien à voir avec l’agression. Par exemple, vous pourriez lui demander le chemin vers la maison communale. Ou lui demander s’il peut changer votre billet de 5 euros pour le parcmètre. Ou, si vous avez vraiment du culot, vous pourriez lui demander la couleur de ses chaussettes, vous pourriez faire semblant de reconnaître en lui votre vieux pote Jean-Pierre qui vous doit encore de l’argent, ou encore lui demander s’il connaît le texte de la Brabançonne. Plus c’est surprenant, plus cela va le sortir de son élan agressif et le déstabiliser. Cela dévie son attention de la victime vers vous (attention, gardez toujours une distance de sécurité !). Elle pourra alors reprendre ses esprits et fuir ou faire autre chose pour se protéger.

Si vous voulez envoyer un message plus clair, choisissez la confrontation. Les trois phrases s’y prêtent bien. Vous ne connaissez pas encore cet outil de défense verbale ? Consultez vite Non c’est non pour une explication détaillée ! Pour les connaisseurs/ses : confrontez l’agresseur avec son comportement et exprimez clairement que ce qu’il fait est inadmissible. Parlez de votre propre point de vue plutôt que de celui de la victime pour ne pas la mettre en danger. C’est vous qui êtes révolté/e, et il le saura. Dites-lui aussi ce qu’il doit faire maintenant et soyez spécifique (« allez vous faire soigner » ne fait pas l’affaire, essayez plutôt « maintenant vous rentrez chez vous, vous vous calmez et vous réfléchissez à la façon de changer votre comportement inadmissible »). Dans un premier temps, cela aura un effet comparable à celui de l’intervention paradoxale : déviation de l’attention de l’agresseur, moment de répit pour la victime. Mais en même temps, vous faites comprendre aux deux que ce qui s’est passé n’est pas normal et est l’unique responsabilité de l’agresseur. Un homme qui s’adresse ainsi à un homme violent aura encore plus d’impact car il montre qu’être un homme n’est pas synonyme d’être violent.

L’agression dont vous êtes témoin peut aussi être physique ou sexuelle. La sécurité de la victime doit alors être votre premier souci. La loi ne vous oblige pas à vous jeter entre les deux, mais elle vous donne la responsabilité d’aider la victime. Sinon, c’est de la non-assistance à personne en danger. Au minimum, appelez les services de sécurité (police, vigiles etc.), expliquez où vous vous trouvez et ce qui se passe. Eventuellement, dites-leur si une ambulance est nécessaire. Faites-leur comprendre que c’est urgent et qu’ils ont le devoir d’intervenir.

Si la loi ne vous oblige pas à intervenir physiquement, elle vous en donne au moins le droit - à condition que ce soit de la légitime défense ! Si possible, cherchez des allié/e/s, car le seul nombre peut déjà décourager un agresseur. Adressez-vous alors à d’autres témoins, prenez-les éventuellement par leur honneur (« vous êtes grand et fort, vous pouvez arrêter cet homme »). Comme toujours quand nous demandons de l’aide, adressez-vous à une ou des personnes spécifiques (« vous là avec la veste rouge ») et dites-leur ce qu’il faut faire (« retenez cet homme par ses deux bras »). Comme vous n’êtes pas la victime directe de l’agression, il sera plus facile de vous approcher de l’agresseur par derrière pour le mettre hors d’état de nuire.

Et la victime pendant ce temps ? Si elle est encore là ou si vous êtes à plusieurs et quelqu’un a pris en charge de la soutenir, le plus important c’est de vous assurer de sa sécurité. Emmenez-la dans un lieu de sécurité ou, si elle ne veut pas partir, faites en sorte que l’agresseur ne la voie pas directement, voire qu’elle ne puisse plus l’entendre ni le voir. S’il y avait une agression physique ou sexuelle, évaluez si elle a besoin d’aide médicale. Sauf dans le cas où la situation est urgente, par exemple si une agression physique est en cours ou si la victime a reçu une blessure grave, ne prenez pas de décisions à sa place pour appeler la police ou l’ambulance.

Pour mieux la soutenir, il faut comprendre ce qui se passe pour elle lors d’une épisode de violence conjugale en public. Très probablement, ce n’est pas la première fois que cela arrive, et elle a sans doute déjà essayé plusieurs stratégies pour faire arrêter la violence, sans succès. Il est probable qu’elle culpabilise parce qu’elle pense qu’elle a fait quelque chose pour provoquer l’agression, et le fait que vous en soyez le témoin lui fera peut-être ressentir de la honte. C’est pourquoi il est important d’adopter une posture empathique et mesurée : demandez-lui si elle a besoin de quelque chose, montrez-vous disponible pour elle, mais sans insister. Vous pouvez aussi lui dire que ce qui vient de se passer n’est ni normal, ni de sa faute à elle. Dites-lui que des services d’aide existent, qu’elle n’est pas seule face à ce problème. Donnez-lui le numéro de la ligne d’écoute en lui expliquant qu’elle peut appeler gratuitement et anonymement si elle a des questions ou si elle a juste besoin d’une oreille à l’écoute. Ne désespérez pas si elle ne réagit pas tout de suite à vos suggestions. Chacune et chacun a son propre rythme, et c’est la victime qui doit décider quand c’est le bon moment pour elle. Vous avez fait votre possible en lui donnant les informations nécessaires pour ce moment-là.

Un prochain article abordera des situations de violence conjugale qui se passent plus près de vous, dans votre voisinage ou votre entourage immédiat.


Avec le soutien de la COCOF - © 2009 Garance ASBL
© 2009 Garance ASBL - www.garance.be - info@garance.be