Egalité : où sont les hommes ?

Si on veut que la société change vers plus d’égalité entre les femmes et les hommes, nous avons besoin que les hommes s’impliquent dans cette lutte. Ils auraient du pain sur la planche, pour mettre en question leur position privilégiée de dominant et changer leurs attitudes et comportements individuels. Des hommes sont des ambassadeurs d’égalité plus efficaces envers d’autres hommes, parce qu’ils soutiennent une lutte de dominées à partir de leur position de dominant, parce qu’ils peuvent servir de modèle d’identification différent, parce qu’ils partagent des expériences et des manières de voir, parce que les habituels préjugés anti-féministes ne s’appliquent pas à eux (être anti-homme, vouloir juste retourner les relations de pouvoir...). Chez Garance, nous entendons régulièrement des déclarations de bonnes intentions de la part d’hommes. Qu’en est-il alors de leur engagement concret dans le mouvement féministe et pour l’égalité ? Une étude de l’Institut européen pour l’égalité de genre tente d’y répondre.

La position de départ de la recherche est que les hommes ont la possibilité et devraient contribuer positivement à la lutte pour l’élimination des inégalités de genre, que ce soit par des stratégies de changement personnel ou des actions pour modifier les structures de la société, les attitudes, pratiques et institutions qui sont à la base des inégalités. Pour cela, les chercheurse/s ont tenté d’identifier des acteurs dans chaque pays membre de l’Union européenne, en excluant des organisations masculinistes, car celles-ci promeuvent l’inégalité et les stéréotypes de genre traditionnels.

La bonne nouvelle : dans l’Union européenne, pas moins de 241 organisations mobilisent les hommes pour l’égalité des chances, variant de 2 à 24 d’un pays à l’autre. La Suède et le Royaume-Uni comptent le plus d’organisations, suivis par la Finlande, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Espagne. A la traîne, on trouve les pays de l’Est. On constate que les pays où l’égalité de genre est la plus avancée sont aussi ceux où le travail spécifique avec les hommes est le plus développé. Comparé aux organisations de femmes et de féministes, ce type de mobilisation reste cependant marginal et décousu. La prévention des violences masculines est l’objectif le plus fréquent, après l’égalité femme/homme en général. D’autres sujets spécifiques sont la paternité, la santé, l’éducation, ainsi que l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Une grande partie des organisations proposent des consultations individuelles, moins souvent déjà un travail en groupe, le reste se focalise sur la sensibilisation et le plaidoyer politique. Devenir des alliés pour les femmes et/ou le mouvement des femmes est rarement au premier plan des objectifs et activités, et l’évaluation des activités n’est pas très poussée non plus. On peut être surpris/e d’apprendre qu’ailleurs, ce sont des syndicats, entreprises privées, des organisations religieuses ou encore une fondation qui travaillent sur les questions d’égalité de genre.

La recherche met en lumière ce qui fait obstacle à la participation des hommes. Trop souvent, l’égalité de genre n’est pas une priorité politique et, pire, elle est considérée comme un « sujet de femmes ». Beaucoup d’organisations travaillent de facto avec les hommes sur des questions d’égalité mais n’en sont pas conscientes. Une raison pour cela pourrait être que les masculinités sont articulées autour de perspectives qui leur sont prioritaires (orientation sexuelle, santé...). Les hommes doivent faire face à une grande pression pour correspondre aux attentes stéréotypées de leur entourage, et manquent de modèles positifs dans les médias et la société en général. S’engager pour l’égalité est donc risqué et coûteux pour eux. Une autre source de réticence est que la participation de personnes appartenant au groupe dominant pourrait subvertir la lutte des personnes dominées pour l’égalité et dévier les ressources limitées vers les dominants.

L’enquête propose aussi des pistes pour surmonter la passivité, voire l’hostilité des hommes envers l’égalité de genre. Une motivation majeure est que l’égalité de genre a pour résultat de meilleures relations entre hommes et entre hommes, femmes et enfants. Les stéréotypes de genre constituent un risque pour la santé physique et psychique des hommes (quelques mots clés : longévité, suicide, prise de risques...), et les combattre entraîne des bénéfices concrets pour les hommes. Mais ils peuvent aussi s’engager parce qu’ils veulent contribuer au bien-être de leur communauté ou leur société ou encore par d’autres biais, par exemple des principes de justice sociale. L’engagement pour l’égalité peut aussi aider les hommes à s’orienter dans une société où les stéréotypes de genre et les rôles traditionnels sont de plus en plus mis en question. Et finalement, certains groupes d’hommes subissent de la discrimination liée au genre, par exemple sur base d’une apparence « trop féminine » ou d’une sexualité minoritaire.

En ce qui concerne la Belgique, on remarque qu’en termes de résultats notre pays est encore est loin de la Suède... Certes, une recherche de la base de données de EIGE livre 12 résultats d’activités d’hommes pour l’égalité. Mais à y regarder de près, deux des douze sont des universités (Anvers et Gand) et trois des autorités publiques : IEFH (fédéral), CWEHF (Wallonie), Gelijke Kansen (Flandre) ; et rien de tel existe pour Bruxelles, la Fédération Wallonie-Bruxelles ou la Communauté germanophone. Le reste se résume, du côté flamand, à la coupole LGBT Çavaria et à deux initiatives qui organisent des groupes de réflexion sur la masculinité.

En Belgique francophone nous avons, heureusement, Praxis pour le travail avec les auteurs de violence conjugale, Genres Pluriels pour la mise en question de la binarité des genres, ou encore... Réseau Hommes Belgique. Certain/e/s se rappelleront que RHB avait organisé un congrès en 2008 avec des orateurs masculinistes, provocant une levée de boucliers féministe. Ajoutons qu’aujourd’hui, cette association organise des groupes de parole selon la méthode de Guy Corneau et se réclame explicitement de l’égalité de genre. La Belgique est donc un exemple du caractère décousu et, mesuré en ressources financières et humaines, marginal de l’engagement des hommes pour l’égalité de genre. Peuvent mieux faire...

European Institute for Gender Equality : « The Involvement of Men in Gender Equality Initiatives in the European Union. Study report. » EIGE, Luxembourg 2012.


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