Les Sœurs Volées ou le féminicide des femmes autochtones au Canada

En Belgique, le Canada a une image très stéréotypée. Le sirop d’érable, le hockey sur glace et la mosaïque culturelle : quel rêve ce doit être de vivre dans une contrée aussi paisible ! Cependant, peu de gens savent comment ce pays traite les peuples amérindiens. Et plus particulièrement les femmes autochtones (amérindiennes, Métisses et Inuit) qui, de toutes les populations canadiennes, ont la plus grande probabilité de subir des violences physiques ou sexuelles, voire des meurtres.

En effet, selon Human Rights Watch, « entre 1997 et 2000, le taux global d’homicide chez les femmes autochtones était de 5,4 pour 100 000, contre 0,8 pour 100 000 chez les femmes non autochtones, soit un taux près de sept fois plus élevé. […] En 2012, le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies (CDE) s’est inquiété des niveaux d’exploitation sexuelle des filles autochtones et de l’absence d’enquêtes exhaustives menées par les autorités lorsque ces filles disparaissaient ou étaient assassinées ».

Ce sont près de 600 femmes autochtones qui ont disparu ou ont été assassinées au Canada depuis les années 1960, notamment dans des régions telles que l’ « Autoroute des Larmes » (autoroute 66) en Colombie-britannique. En 2004, Amnesty International consacrait un rapport à ces « Sœurs Volées ». Il commence par la narration du cas le plus tristement célèbre, celui de Helen Betty Osborne, une jeune femme de 19 ans violée avec une sauvagerie particulière et tuée par quatre hommes en 1971. Le rapport relève l’influence de stéréotypes particulièrement dégradants liés au racisme genré (l’idée qu’une « squaw », terme racial en anglais, est une « femme facile »). Il affirme aussi que la police était au courant des violences perpétrées contre des femmes amérindiennes à The Pas, Manitoba. Le fait que l’enquête a traîné pendant de nombreuses années est aussi caractéristique du peu de préoccupation de la justice canadienne pour les vies des personnes qui subissent le colonialisme, le sexisme et la pauvreté, facteurs qui se recoupent en se renforçant mutuellement. Lors des disparitions de femmes victimes de tueurs en série s’en prenant spécifiquement aux femmes amérindiennes, tels que John Crawford à Saskatoon et Robert Pickton dans la région de Vancouver, nombre de familles se sont plaintes de négligences, voire de violences commises par des gendarmes, comme si ces femmes n’étaient pas totalement humaines. En 2013, de telles constatations ont mené au rapport de Human Righs Watch cité plus haut.

C’est là un retournement d’autant plus violent que dans les sociétés amérindiennes, les femmes jouaient traditionnellement un rôle central et qu’elles se retrouvent aujourd’hui tout en bas de la hiérarchie de la société canadienne.

Dernièrement, cependant, la situation a pris un nouveau tournant. En octobre 2012, quatre femmes autochtones ont lancé le mouvement pacifiste d’Amérindien-ne-s et d’allié-e-s nommé « Idle No More » (« Plus jamais d’inaction »). Tout en promouvant la revitalisation culturelle et en s’opposant aux violations des souverainetés indigènes, INM dénonce un leadership autochtone perçu comme essentiellement masculin et fonctionnant dans des structures bureaucratiques coloniales. L’avenir nous dira quel sera l’impact à long terme sur les cultures amérindiennes et canadiennes pour le vivre-ensemble et les générations futures.

En tout cas, il faut cesser de se représenter le Canada comme une nation préservatrice d’ordre et de paix et comme un paradis multiculturel.

Extrait de l’exposition « Walking with Our Sisters »
photo de décorations de mocassins en perles de rocaille

En illustration du travail culturel réalisé par des artistes amérindien-ne-s sur le thème des Soeurs Volées, Angela Swedberg Akiilúaihaatbaachaash, a accepté que Garance utilise la photo de décorations de mocassins en perles de rocaille réalisées pour l’exposition « Walking with Our Sisters » de l’artiste Métisse Christi Belcourt. L’œuvre de gauche représente les femmes assassinées et celle de droite, les disparues : « Je voulais que le fond représente l’obscurité infligée à ces femmes et aux familles qui leur survivent. Et que les étoiles représentent le fait que leurs âmes sont au paradis ».

Voir aussi :

  • Le rapport d’Amnesty International 
  • Le rapport de Human Rights Watch 

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