­Un congrès contre les violences à l’égard des LGBT (2e partie)

Le 29 juin dernier, l’association Çavaria organisait un congrès sur le thème des violences envers les personnes homosexuelles et transgenre. Voici la deuxième partie du compte-rendu.

Après une matinée de conférences, plusieurs ateliers permettaient dans l’après-midi des échanges en petits groupes. Ne pouvant assister à tout – et proposant nous-mêmes deux ateliers, un d’autodéfense et un pour faire connaître l’outil des marches exploratoires – nous nous sommes plus particulièrement intéressées au rôle des médias et au tout nouveau plan interfédéral de lutte contre les violences homo- et transphobes.

Comment qualifier le rôle des médias face aux violences à l’égard des LGBT ? Comme sur beaucoup d’autres thèmes : réducteur, simplificateur, allant dans le sens des idées reçues... et néanmoins indispensable pour faire exister publiquement une réalité autrement méconnue. L’objectif des associations doit donc être de collaborer avec les médias, mais en veillant à ne pas laisser déformer les massages.

Des exemples ? Le « gaybashing » comme résumé de toutes les violences – oubliant lesbiennes et transgenres ; le phénomène « de la rue », qui laisse penser que les violences ne concernent que l’espace public, oubliant l’école, le travail, la famille ou la « cyber haine », les messages haineux sur Internet, en plein développement ; ou encore l’homophobie attribuée presque exclusivement aux jeunes allochtones, alors que « chez nous » tout irait bien.

Au cours de l’atelier, ces idées reçues et généralisations abusives ont été remises en question, mais il a manqué quand même une analyse plus politique : si le « gaybashing » prétend englober toutes les violences, ce n’est pas seulement un « oubli », mais une illustration du fait que chez les LGBT comme dans le reste de la société, le « masculin » est censé représenter l’ensemble de l’humanité, les « autres » (lesbiennes, transgenres) n’étant que des cas particuliers. Quant à la manière dont la lutte contre l’homophobie sert parfois à justifier des positions racistes, elle ne peut être déconnectée du rôle des politiques de droite et d’extrême-droite, devenus soudain « homo-friendly » pour mieux stigmatiser les musulmans, aussi bien aux Pays-Bas (voir le phénomène Wilders) qu’en Flandre (voir le texte signé l’an dernier par deux membres de la N-VA dans Brussel Deze Week et la réaction de plusieurs associations, dont Garance).

Un autre atelier présentait deux plans interfédéraux, l’un contre la violence et l’autre contre les discriminations homophobes et transphobes.

Le plan contre la violence comprend plusieurs volets : développement des connaissances, élargissement de la législation (en ajoutant l’expression et l’identité de genre dans les motifs reconnus dans la loi antidiscrimination), amélioration de l’accueil des victimes, meilleure gestion des poursuites, en se basant sur des statistiques mieux suivies.

Deux volets peuvent nous intéresser plus particulièrement : d’un côté la « sensibilisation », et cela dès l’école, par une éducation à la sexualité et la vie affective incluant l’homosexualité, mais également par des campagnes en direction du grand public, à mettre en place avec les associations LGBT ; de l’autre la « prévention » qui nous est chère, mais dont le contenu dans le plan reste très décevant : il s’agit en effet « d’impliquer, former et soutenir les professionnels du secteur psycho-médico-social ainsi que celui des services de police » par des formations adéquates permettant un meilleur accueil et de meilleurs services aux personnes LGBT. C’est nécessaire, certes, mais pour ces personnes elles-mêmes, rien n’est prévu. Or la prévention, cela consiste aussi (surtout ?) à permettre à ces personnes de (re)trouver une meilleure confiance en elles-mêmes et en leur capacité à se protéger, collectivement et individuellement, verbalement et s’il le faut physiquement, contre toutes les formes d’agression. Plutôt que de compter, par exemple, sur les fameuses amendes administratives qui, on l’a vu, en cas d’injure, sont très peu utilisées (et d’ailleurs très peu utilisables).

En conclusion donc, une journée intéressante mais où les rapports de domination non strictement hétéro/homo (que ce soit de genre ou d’origine) disparaissaient derrière de simples « différences ». A creuser donc, et Çavaria compte continuer la réflexion lors de son congrès annuel en printemps. Nous y serons !


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