Un congrès contre les violences à l’égard des LGBT

Le 29 juin dernier, l’association Çavaria organisait un congrès sur le thème des violences envers les personnes homosexuelles et transgenre. En voici un bref compte-rendu, en deux parties.

La matinée était consacrée à des exposés basés sur des études récentes tandis que l’après-midi, une série d’ateliers permettaient des discussions et des activités en petit groupe (dont un atelier d’autodéfense et une marche exploratoire animés par Garance).

Les différentes études ont le mérite d’objectiver – ou de contredire - des impressions : les violences contre les LGBT ne cesseraient de s’aggraver, en particulier de la part de jeunes de « certaines cultures », tandis que chez nous, l’homosexualité serait bien acceptée.

D’après les chiffres du Centre pour l’Egalité des Chances, on ne constaterait pas de hausse des agressions, mais pas de baisse non plus, dix ans après la loi ouvrant le mariage aux personnes du même sexe. La Belgique possède l’une des meilleures lois anti-discrimination du monde, mais les mentalités et les attitudes n’ont pas tellement changé, pour ce que l’on peut qualifier de « homonégativité », c’est à dire de vision négative de l’homosexualité. Mais le Centre reconnaît lui-même que les plaintes sous-estiment le nombre d’agressions ou de discriminations réelles : parce qu’il existe un important « chiffre noir » de faits non rapportés, par crainte de l’accueil de la police ou par conviction qu’il n’y aura pas de suites ; et aussi parce qu’il est parfois difficile de démontrer l’intention homophobe d’une agression. Une chose est bien établie : les plaintes viennent à 80% d’hommes. Les lesbiennes seraient-elles moins discriminées, ou encore plus invisibles que les gays ? Ou encore, sont-elles agressées, discriminées, sur base de leur orientation sexuelle ou parce qu’elles sont femmes ? Difficile parfois de faire la différence. Or ce qui concerne les discriminations sur base du genre est de la compétence de l’Institut pour l’Egalité des Femmes et des Hommes.

Une autre intervention présentait les résultats de plusieurs études concernant les jeunes. Il en ressortait qu’un/e LGBT sur trois a déjà été insulté/e en rue, un/e sur cinq menacé/e ou harcelé/e et qu’à Bruxelles, un/e sur dix a déjà subi une agression physique. Certains facteurs semblent favoriser une attitude « homonégative » (même si tous ne passent pas à l’acte) : être masculin, de religion musulmane, avoir un niveau d’éducation peu élevé, et paradoxalement peut-être, avoir beaucoup d’amis. Les bandes de copains favorisent l’homophobie chez les garçons alors que chez les filles, c’est le contraire. On pourrait s’interroger alors sur la construction de la masculinité. Les attitudes négatives sont surtout fortes chez les plus jeunes, il semble que l’âge apporte des positions plus nuancées.

On peut tirer de ces données quelques recommandations : l’importance d’un travail avec les professeurs comme avec les élèves sur les questions de genre ; la nécessité d’une attention à la lutte contre le harcèlement scolaire des LGBT, sachant qu’une école « homo-friendly » est en fait plus accueillante pour tout le monde.

Enfin, le chercheur Joz Motmans présentait les résultats de la première enquête belge sur les violences spécifiques contre les transgenres. Le premier constat, c’est que l’attente était grande pour une telle étude dans la population concernée : alors que les auteurs s’attendaient à recevoir une trentaine de réponses, ils en ont eu 400... Les chiffres sont tout aussi impressionnants : si l’on considère les différentes formes de violence (physique, verbale, sexuelle et matérielle), plus de 80% des répondant/e/s disent en avoir été victime (79% verbale, 27% physique et 32% sexuelle). Les plus vulnérables sont les MtoF (male to female), les chômeuses/eurs et celles/ceux dont la nouvelle identité de genre n’est pas évidente (le professeur Motmans les appelle « Onpassabel », c’est à dire qu’elles/ils ne passent pas pour des femmes ou des hommes) Pour cette population-là, les violences dans la sphère privée sont moins fréquentes que dans l’espace public, mais aussi plus traumatisantes. On ne constate pas d’effet d’âge ni de niveau d’éducation.

La Belgique se situerait ainsi au-dessus de la moyenne européenne, mais ces comparaisons sont à prendre avec précautions, car les populations touchées et les questions posées ne sont pas les mêmes selon les différentes enquêtes. Ici, des questions concrètes portaient sur des situations précises ; et parfois, certaines situations ne sont pas interprétées par les victimes elles-mêmes comme des violences, si la question ne les identifie pas comme telles.

On ne peut conclure sur la matinée sans évoquer le témoignage plein d’émotion et de retenue du père d’Ihsane Jarfi, ce jeune gay victime d’un meurtre atroce à Liège en 2010. Hassan Jarfi, ex professeur de religion islamique, a décidé de faire désormais de la lutte contre l’homophobie le combat de sa vie.

(à suivre)

Le magazine Zizo a également réalisé un bref compte-rendu, avec des photos de la journée


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