Harcèlement au travail et prévention

Le Conseil socio-économique de Flandre à publié récemment des chiffres qui indiquent une augmentation du harcèlement au travail depuis 2004. En un an, 14% des employé/e/s vivent du harcèlement moral, 3% du harcèlement sexuel et 7,5% de la violence physique. Les femmes sont confrontées à plus de harcèlement sexuel et de violence physique. Les professions à risque sont celles en contact avec le public, surtout les enseignant/e/s et le personnel du secteur psycho-médico-social.

Dans cette optique, c’est une bonne nouvelle que la Commission Affaires sociales de la Chambre se penche sur une amélioration de la loi sur la prévention des violences et du harcèlement au travail. Pour rappel : depuis 2002, le législateur reconnaît la position de victime de la personne harcelée ou victime de violence au travail. Il a mis en place une procédure en cas de harcèlement qui oblige l’employeur à prouver qu’il n’y a pas de violence ou à mettre un terme à la situation en soutenant la victime. De plus, des personnes de confiance au sein de l’entreprise et des conseillèr/e/s de prévention à l’extérieur doivent écouter et soutenir les victimes dans les démarches à faire et proposer des solutions à l’employeur.

Vu que le harcèlement a augmenté malgré cette loi, il semble qu’elle ne fonctionne pas comme elle devrait. Et pour cause : elle comporte des lacunes importantes que nous constatons dans notre travail, où nous rencontrons souvent des victimes de harcèlement au travail.

Tout d’abord, le mot prévention est utilisé avec légèreté. En fait, la loi intervient seulement quand il y a déjà un problème, mais pas en amont. Dans la pratique, beaucoup de victimes dénoncent les faits seulement quand la situation leur est devenue insupportable, souvent quand des problèmes de santé se sont manifestés. Et à ce moment, quand la victime s’est déjà épuisée à tout essayer pour faire cesser le harcèlement, on attend d’elle qu’elle puisse encore investir l’énergie nécessaire pour entamer des procédures – tout en continuant à travailler côte à côte avec le harceleur/la harceleuse.

Ensuite, les procédures prévues par la loi tiennent davantage compte de l’intérêt de l’employeur que de celui de la victime. Tout est mis en place pour arranger l’affaire à l’amiable, ce qui empêche que les personnes reçoivent une reconnaissance en tant que victime, que les harceleurs/euses soient puni/e/s et que justice soit faite. Par exemple, avant de pouvoir passer au tribunal du travail, la victime doit d’abord participer à une médiation. Comme si le harcèlement était dû à un simple malentendu avec deux partis bienveillants et de bonne volonté pour résoudre le problème !

Finalement, entamer des procédures pour harcèlement aggrave souvent la situation d’isolement des victimes au sein d’une équipe. Non seulement la personne harcelante va se tourner contre le/la plaignant/e, mais aussi d’autres collègues qui peuvent considérer la plainte comme une trahison de la solidarité collégiale. Ceci serait moins le cas si les procédures étaient organisées de manière plus collective, par le biais des syndicats ou en entamant une enquête auprès d’une équipe entière et non d’une seule personne.

Il n’est donc pas très étonnant que peu de plaignant/e/s gagnent leur procès. Tant mieux alors que le législateur veuille revoir cette loi bien intentionnée, mais qui rate sa cible. La Chambre envisage la création d’un point-contact « harcèlement au travail » et veut rendre la punition des harceleurs/euses plus stricte : levée d’immunité de délégué/e/s syndicaux/ales harcelant/e/s, possibilité d’une peine de prison jusqu’à cinq ans (code pénal social) et délai de prescription allongé à 10 ans.

Garance applaudit ces initiatives, mais craint qu’elles restent trop modestes par rapport aux problèmes décrits. Tout d’abord, la prévention primaire, donc tout ce qu’on peut faire avant qu’un problème émerge pour qu’il ne se manifeste pas, n’a aucune place explicite dans la loi. C’est pourtant le seul moyen d’éviter efficacement qu’il y ait du harcèlement ou des violences au travail. Selon notre propre expérience, les employeurs font souvent appel à nos formations en prévention quand il y a déjà le feu sur le toit, tout simplement parce que rien ne les oblige à adopter une perspective réellement préventive. Ensuite, les propositions de loi ne tiennent aucun compte des difficultés existantes des victimes d’obtenir gain de cause en cas de harcèlement. Finalement, même si la création d’un point-contact indépendant est souhaitable pour permettre aux victimes de s’informer à un endroit neutre, cette mesure ne diminue pas le manque criant de services d’écoute et d’accueil psycho-social spécifiques.

Il nous reste de répéter nos conseils préventifs :

  • Soyez vigilant/e par rapport à vos limites entre l’agréable et le désagréable. Le harcèlement commence souvent de manière subtile. Vous pouvez poser vos limites à temps si vous êtes conscient/e de la moindre transgression de ces limites. Pas besoin de savoir si l’autre a des mauvaises intentions : dès le moment où un comportement vous dérange, vous avez le droit de demander qu’il cesse.
  • Beaucoup de victimes de harcèlement n’osent pas en parler, et cela facilite le jeu de pouvoir de la personne harcelante. La meilleure protection contre le harcèlement sexuel et/ou moral est de le rendre public, de mettre d’autres personnes au courant. Sous la vigilance de vos collègues, un/e harceleur/euse aura plus de mal à continuer son comportement dérangeant. Peut-être d’autres victimes vont se joindre à vous – ensemble, vous êtes plus fort/e/s.
  • Confronter la personne harcelante avec son comportement et demander un changement explicite pose une limite très claire. Vous montrez que vous ne vous laisserez pas faire, que vous n’êtes pas une « victime facile », mais que vous savez ce que vous voulez.
  • Protégez-vous émotionnellement, avec l’aide de vos proches ou un soutien professionnel. Le harcèlement a comme objectif de nous toucher au plus profond de nous et de nous détruire à petit feu. Il est d’’autant plus important d’être gentil/le avec soi-même, de s’organiser pour souffrir le moins possible du harcèlement et d’économiser ses énergies pour passer à l’action.

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