Manuels scolaires et stéréotypes sexués

Maman qui prépare à manger pendant que papa lit le journal. La petite fille qui joue avec une cuisine miniature pendant que son frère construit un garage. Voilà des images que les féministes dénonçaient déjà dans les années 1970 et qu’on pouvait croire disparues des manuels scolaires plus de 40 après.

Une étude menée par le CEMEA (Centres d’entraînement aux méthodes d’Education active) montre qu’hélas, il n’en est rien. Les stéréotypes sexués sont encore bien présents, même s’ils sont plus subtils, avec pour conséquence les assignations de rôle (« une fille doit se comporter comme ci, un garçon doit faire cela... ») qui limitent les possibilités de choisir sa vie et entretiennent les discriminations et les inégalités.

En s’inspirant de recherches faites en France, un groupe de réflexion du CEMEA s’est donc penché sur une série de manuels de français utilisés dans l’enseignement primaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le constat est consternant : l’échantillon consulté est tellement bourré de clichés sexistes que les auteur/e/s écrivent avoir eu l’impression de « consulter des ouvrages d’un autre temps ».

Les critères retenus concernent la représentation des personnages féminins et masculins, le type de métiers selon le sexe, les références à la parentalité, le type de tâches effectuées, les qualités et défauts supposé selon le sexe, y compris quand l’approche se fait par le biais d’animaux.

Parmi les constats qui en ressortent, nous en retiendrons trois qui ont un effet particulièrement néfaste sur l’image que les petites filles peuvent se faire de leur avenir et sur leur confiance en soi.

1. Les garçons sont sur-représentés, dans les personnages comme dans les prénoms utilisés. Et lorsque deux enfants de sexe différent sont présents dans une scène, le plus souvent c’est la petite fille qui pose une question et le petit garçon qui lui explique les choses de la vie. Les « héros » sont aussi beaucoup plus nombreux que les « héroïnes » (87% contre 13% !), les figures féminines étant principalement des mamans, des sorcières ou des princesses – de préférence passives en attendant le Prince charmant. Dans le monde du travail, chacun/e est assigné/e à son rôle selon son sexe : 81% des métiers cités sont uniquement au masculin et ceux qui sont au féminin concernent en majorité le ménage, les soins aux personnes ou l’enseignement.

2. Les filles sont surtout à l’intérieur, les garçons à l’extérieur. Dans les manuels étudiés, les personnages présents dans l’espace public (textes ou illustrations) sont à 66% des garçons et seulement 24% des filles (les 10% restants représentent les deux). Dans l’espace privé par contre, il y a 51% de filles/femmes pour 31% de garçons/hommes et 17% les deux ensemble. Plusieurs exemples montrent des filles ayant perdu leur chemin, n’ayant pas le sens de l’orientation (stéréotype bien connu !). L’homme, lui, paraît complètement perdu et dépassé... dans la cuisine.

3. Les garçons sont forts, courageux mais négligents ; filles sont belles et sensibles, mais fragiles. Une personne devant un miroir, centrée sur ses émotions ou voulant maigrir ? Forcément une femme ou une fille. Un personnage partant à la conquête du monde, mais avec des chaussettes dépareillées ? Forcément un garçon.

Dans le même temps, un rapport remis au gouvernement français montre que la différence de traitement entre garçons et filles commence encore bien plus tôt : à la crèche ! On y découvre que les filles sont moins stimulées et moins encouragées dans les activités collectives, alors que leur apparence et leurs émotions sont au contraire l’objet de plus d’attention de la part des adultes ; que les jouets des garçons sont associés à l’extérieur, offrant davantage d’activités de manipulation, alors qu’au contraire, les jouets des filles, plus limités en nombre, sont reliés à l’intérieur et souvent réduits au champ des activités domestiques et maternelles ; qu’outre les éternelles différences entre le bleu et le rose, les vêtements prévus pour les petites filles, comme les robes et les jupes, sont peu propices à l’apprentissage de la marche, voire de l’exploration à quatre pattes ; que dans les histoires, le Prince charmant et la Belle au bois dormant ont la vie dure ; que les personnages qui apparaissent sur les couvertures des livres pour enfants sont à près de 80% masculins, que les héros sont deux fois plus nombreux que les héroïnes et que même les animaux renforcent cette dissymétrie.

Des filles confinées à l’intérieur, fragiles, incapables de se débrouiller seules en dehors des tâches domestiques... c’est aussi comme cela que l’on construit des femmes persuadées que l’espace public n’est pas fait pour elles et qu’elles ne pourront pas se défendre si nécessaire !

En décembre dernier, la Ligue de l’Enseignement consacrait un dossier aux rapports entre le féminisme et l’école. Il reste du boulot...


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