Les jeunes et la violence

Le 1er mars dernier, le Centre Régional du Libre Examen organisait un séminaire sur le thème des jeunes et de la violence : quelles causes ? Quelles réalités ? Quelles interventions ? Chercheur/se/s et intervenant/e/s de terrain étaient convié/e/s à faire part de leurs études et de leurs expériences devant un public de professionnel/le/s de l’aide à la jeunesse, de la justice et du secteur associatif.

Au départ, un constat : à en croire les médias, la violence des jeunes serait en train d’exploser ces dernières années, avec les bagarres à l’école ou dans la rue, les agressions contre les professeurs, les vols avec violence... Les adolescents d’aujourd’hui seraient-ils donc plus incontrôlables que les générations précédentes, ou bien est-ce notre société qui accepte moins certains comportements ? Et de quoi parle-t-on au juste ? C’est toute l’image de la jeunesse qui est affectée : au lieu de représenter une promesse, la voilà transformée en menace.

« Les jeunes ne peuvent pas être plus dangereux que la société dans laquelle ils grandissent » : dès le début David Lallemand, chargé de projet auprès du Délégué général aux droits de l’enfant, relativisait les peurs. Parmi les jeunes qui font l’objet d’une intervention de l’Aide à la Jeunesse, 4% ont commis un délit tandis que 96% sont considérés comme en danger parce que des adultes les traitent mal. Par ailleurs, l’immense majorité des jeunes vont bien et développent des projets pour améliorer la vie en société : on peut regretter que les médias ne s’en fassent pas davantage l’écho, pour changer cette image d’une « jeunesse dangereuse ».

Ensuite, la sociologue Claire Gavray a rendu compte d’une enquête internationale sur la délinquance « auto-révélée », celle dont les jeunes parlent eux-mêmes. Aux sceptiques qui penseront qu’on ne peut accorder de crédit à ces « auto-révélations », elle répond par avance que des recherches ont montré que les jeunes délinquants se confient assez facilement s’ils sont mis en confiance.

Cette enquête a été menée sur plusieurs années et il en ressort qu’il n’y a pas d’augmentation des actes de délinquance : on constate même une légère baisse, ce qui correspond d’ailleurs aux données de la justice. Une explication possible : les nouvelles technologies, d’internet aux jeux vidéo, font qu’aujourd’hui, les jeunes restent davantage chez eux et « traînent » donc moins en rue.

Puisqu’on évoque les jeux vidéo, l’une des interventions les plus originales fut celle d’une autre sociologue, Anne-Laure Wibrin, reprenant deux siècles de discours sur les effets néfastes qu’auraient les « nouveaux médias » sur les « personnes fragiles », à savoir les enfants et les jeunes (autrefois, les femmes étaient également visées, mais au moins cela a changé). A l’apparition des romans-feuilletons comme au début du cinéma, l’alerte était lancée sur les mêmes thèmes, à quelques variations près : la violence engendre la violence, les êtres fragiles sont incapables de faire la différence entre réalité et fiction... De quoi relativiser aussi les angoisses par rapport aux jeux vidéos.

L’intervention de Claire Gavray comme celles des intervenants de terrain portaient aussi sur l’efficacité ou non des réponses répressives aux actes délinquants des jeunes. Sans surprise, il apparaît qu’un bon encadrement donne de meilleurs résultats que la seule punition. Plutôt que de développer et abaisser l’âge des amendes administratives, les intervenants ont plaidé pour un système moins connu, celui des SPEP ou Services de Prestations Educatives ou Philanthropiques qui relèvent d’une justice réparatrice, mais demandent davantage d’investissement financier et humain que la simple perception d’amendes.

Cette demi-journée ne manquait donc pas d’intérêt, avec un gros bémol cependant : l’absence quasi-générale de toute approche de genre. Claire Gavray évoquait brièvement le fait que lors des dernières enquêtes, 88% des dossiers concernaient les garçons, avec pour explication que « la socialisation genrée protège les filles du comportement violent ». Il faut cependant ajouter que ce sont précisément les filles se conformant le plus à des stéréotypes de genre qui sont les plus susceptibles de commettre des actes de délinquance. On aurait aimé en savoir plus. On n’a entendu aucune analyse de la relation entre violence et construction de la masculinité. Pire encore, dans les autres interventions, cette dimension était totalement absente, sans même que cela soit signalé : quand on parlait de jeunes, il fallait comprendre comme une évidence « jeunes garçons ».

Autre frustration, les victimes étaient totalement absentes de ces discours. Pas un mot non plus de la violence dans les relations amoureuses (là, on aurait bien dû aborder la question de genre !), un phénomène préoccupant chez les jeunes et qui, contrairement à des actes visant à « tester ses limites », risque de perdurer dans la vie adulte. Comme si ce problème était « hors champ », relégué dans la « sphère privée », sans rapport avec le sujet du séminaire !

Enfin, dans les causes de la délinquance, l’accent mis sur les causes sociales était certes nécessaire mais parfois trop unilatéral. Une façon contreproductive de ramener la violence à un processus de relégation sociale : comme si tous les violents faisaient partie des « relégués » ou « en voie de relégation »... ou comment, en voulant les défendre, on stigmatise certaines populations en les désignant comme les seuls auteurs de violences, même si on leur trouve des circonstances atténuantes !


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