La prévention, c’est AVANT !

Un soir d’octobre dernier à Bruxelles, un jeune homme sortant d’un baptême étudiant, habillé en femme, est agressé physiquement et sexuellement par deux autres jeunes hommes. En réaction, sa haute école conseille aux étudiants de ne plus se déguiser en femmes. S’ensuit un déferlement médiatique comme on commence à bien les connaître, de l’affaire DSK au film « Femme de la rue » : l’agression sexuelle a la cote tant qu’elle confirme les préjugés, et tout le monde se sent assez expert/e pour la commenter.

A Garance, une fois encore, on ne sait pas par où commencer, tant il y a à dire sur cette affaire. Tout d’abord, nous sommes plutôt rassurées de voir autant de personnes choquées par le message de la HUB. Apparemment, une certaine analyse féministe a fait son chemin dans le discours politique : le fait de dire aux victimes (potentielles ou réelles) ce qu’elles doivent éviter pour prévenir les agressions est culpabilisant et limite leur liberté. Oui, la seule responsabilité de cette agression réside chez les agresseurs. Oui, prétendre que ce sont les vêtements féminins qui « provoquent » une agression revient à dire que porter une jupe ou une robe signifie se désigner comme « violable ».

Mais nous voyons surtout dans ce conseil pour le moins maladroit le résultat de l’absence d’une véritable attitude préventive, aussi bien chez la direction de la HUB qu’à la police qui lui a recommandé de passer cet appel. En effet, si le seul moment où on essaie de faire un peu de prévention c’est APRES un incident tragique et douloureux, c’est bien trop tard. La prévention se fait en amont et à long terme, elle vise à développer les ressources des personnes pour qu’elles puissent mieux évaluer des situations de danger, prendre soin d’elles-mêmes, se sauver, se protéger... Et au lieu d’imposer des règles (positives ou négatives), la prévention propose des choix pour augmenter l’autonomie des personnes qu’elle vise. Enfin, elle est basée sur une analyse globale, approfondie et genrée des phénomènes de violence.

Car nous en avons marre qu’un cas plutôt exceptionnel doive servir comme modèle pour des conseils de prévention, juste parce que ça excite les médias et pousse les politiques à réagir. Si on regarde les statistiques, il est évident que ce sont surtout les femmes de tous âges qui sont confrontées aux agressions sexuelles. Par contre, les jeunes hommes entre 15 et 25 ans vivent le plus souvent des agressions physiques. Limiter son approche de prévention aux seules agressions sexuelles à l’égard des jeunes hommes, c’est contreproductif.

Que faire alors si on veut s’adresser aux agresseurs potentiels ? Il faut comprendre que le motif de cette agression vient d’une représentation stéréotypée de la masculinité comme dominante, violente, hétérosexuelle et sans empathie. Les agresseurs croient devoir prouver leur valeur et leur identité masculines en agressant d’autres jeunes, hommes et femmes ; et d’autant plus si, toujours renvoyés à l’origine de leurs parents, ils ne se sentent pas valorisés dans notre société qui méprise la diversité et exclut tout ce qui ne rentre pas dans le moule.

Il n’y a pas de solution facile, mais il y a une solution efficace : proposer de nouvelles représentations de la masculinité (pas une seule, mais plusieurs !) pour que les hommes ne se sentent plus dans leur droit d’agresser les autres. De même, nous devons développer de nouvelles images de la féminité, qui ne cantonnent pas les femmes à la sollicitude, la passivité et la soumission. Et nous avons aussi besoin de comprendre qu’il reste plein de zones floues et fluides, où il y a de la place pour toute expression de genre. Travaillons sur toutes les formes de violence à l’égard de toute la population, et faisons cela d’une manière émancipatrice et égalitaire !


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