Voter pour des femmes, ça diminue les violences...

...du moins en Inde. Juste avant les élections communales du 14 octobre 2012, nous vous présentons une étude menée dans ce pays, qui identifie un lien entre le nombre des femmes élues et la lutte contre les violences. Cette enquête se base sur des données récoltées depuis 1993, moment où le gouvernement indien met en place une loi sur les quotas dans les gouvernements locaux : au moins un tiers des sièges doivent dorénavant être attribués aux femmes ; des quotas sont créés aussi pour d’autres groupes sous-représentés (certains castes et tribus). Avant cette loi, les femmes occupaient 5% des sièges. Comme ces quotas ne sont pas instaurés dans l’ensemble du pays en même temps, cela permet une analyse longitudinale.

En bref, les chercheuses ont trouvé que l’augmentation de la représentation des femmes dans les gouvernements locaux va de pair avec une augmentation des signalements à la police de violences faites aux femmes. En moyenne, le rapport de ces violences augmente de 44%, de 29% en ce qui concerne le viol et de 13% pour les enlèvements. Par contre, les infractions qui ne ciblent pas spécifiquement les femmes (violences contre les hommes, délits contre la propriété) ou les crimes qu’elles ne peuvent pas rapporter elles-mêmes (meurtres) restent stables. Les chercheuses en déduisent que l’augmentation des chiffres de violences faites aux femmes n’est pas due à la détérioration générale de l’ordre public ou à un recul des droits des femmes, mais au fait que les femmes osent davantage porter plainte contre leurs agresseurs. D’autres données indiquent que la police procède à présent à un plus grand nombre d’arrestations en cas de violences envers les femmes, que les femmes sont plus souvent satisfaites de la police et doivent payer moins de pots de vin. Voilà qui confirme l’interprétation d’une amélioration de la situation des femmes, en matière de violences, grâce à la participation accrue des femmes au pouvoir local. De plus, si l’on observe le long terme, les violences faites aux femmes rapportées à la police diminuent, ce qui indique un effet dissuasif de la poursuite plus stricte des violences.

Une comparaison entre différents niveaux de pouvoir démontre que c’est la représentation des femmes au niveau le plus bas (comparable à nos conseils communaux) qui a le plus d’impact sur les violences faites aux femmes. On pourrait dire : plus les femmes élues sont proches des femmes victimes de violences, plus leur présence aide à lutter contre ces violences. Tout d’abord parce qu’elles partagent une réalité de vie, celle d’être confrontées au risque de violence pour le seul fait d’être femmes, ce qui pourrait influencer la manière dont des élues formulent des politiques et programmes et par conséquence, le fonctionnement du système policier et judiciaire. La seule présence de femmes élues peut aussi contribuer à mettre en question les préjugés sexistes, chez les hommes qui respectent mieux les femmes et chez les femmes qui prennent davantage confiance en elles. De même, les agent/e/s de police semblent encouragé/e/s à enregistrer les plaintes des femmes, à montrer plus d’empathie envers les victimes et à mener des enquêtes.

Bien sûr, la Belgique n’est pas l’Inde et nous ne savons pas si voter pour des femmes aux élections communales aura le même impact sur les violences dans notre pays. Mais lorsqu’on sait qu’en Belgique, seulement 35% des conseillers communaux, 31% des échevins et à peine 10% des bourgmestres sont des femmes [1], on a encore du chemin à faire pour arriver à la pleine égalité. Et même si l’arrivée de femmes au gouvernement local ne diminue pas immédiatement les violences, nos candidates ont aussi plein d’autres projets intéressants à proposer. Vous savez ce qu’il vous reste à faire : le 14 octobre, votez pour des femmes [2] !

Lakshmi Iyer, Anandi Mani, Prachi Mishra, Petia Topalova : The Power of Political Voice : Women’s Political Representation and Crime in India. Harvard Business School, working paper 2011.


[1Institut pour l’Egalité des femmes et des hommes : Femmes et hommes en Belgique. Statistiques et indicateurs de genre. Bruxelles 2011.

[2Voir aussi les campagnes des Femmes prévoyantes socialistes et de Vie Féminine


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