Elections communales : une Charte pour l’égalité

Comme lors de toutes les échéances électorales, le Conseil des Femmes francophones de Belgique (CFFB) publie un Mémorandum à l’intention des candidat/e/s et élu/e/s, mettant en avant des mesures qui favorisent l’égalité entre les femmes et les hommes. Cette fois-ci, en vue des élections communales, il va plus loin, en proposant aux candidat/e/s de signer une Charte et à la faire adopter lors de la première réunion du nouveau Conseil Communal. Cette Charte était présentée lors d’une réunion à Bruxelles ce 13 septembre, avec des représentantes des partis démocratiques francophones (CDH, Ecolo, FDF, MR et PS) invitées à y réagir.

Sans surprise, toutes ont soutenu les propositions de la Charte, tout en mettant en avant l’une ou l’autre priorité. Si bien que certaines dans la salle se demandaient pourquoi elles ne voteraient pas pour toutes ces femmes à la fois. Une (trop) brève séance de questions-réponses permettait de différencier quelque peu les positions mais sans permettre un vrai débat de fond. Le temps manquait pour répondre à d’intéressantes questions : comment éviter l’amalgame immigration/insécurité, encouragé par certains discours politiques ? Comment gérer la prostitution, au-delà d’une condamnation unanime du proxénétisme ? On sait que sur ce sujet, différents points de vue cohabitent dans un même parti, sauf peut-être au CDH qui s’est clairement déterminé comme abolitionniste. Comment unir les forces des femmes élues par-delà des clivages politiques, au moins sur les sujets qui semblent obtenir un large accord ?

D’autre part on sait qu’une série de politiques décidées par les mêmes partis à d’autres niveaux – régional, communautaire ou fédéral – vont à l’encontre des intérêts des femmes : que l’on songe aux mesures d’austérité qui frappent les femmes encore davantage que les hommes ou encore l’absence de véritables politiques, coordonnées et financées dans la durée, de prévention des violences faites aux femmes.

Dans ce domaine, justement, les candidat/e/s signataires de la Charte s’engageraient « à lutter efficacement contre toutes les violences faites aux femmes,

  • en veillant à ce que la police dispose de structures d’accueil avec du personnel formé à cette problématique et en développant des plates-formes d’échange entre les personnes (aides familiales, enseignants, assistants sociaux ...) en contact avec les violences intrafamiliales,
  • en sécurisant les voiries communales, les parcs ainsi que les abords des transports publics (éclairage, patrouilles de police, marches exploratoires...),
  • en créant ou en subsidiant des places d’accueil d’urgence pour toute femme ou toute famille confrontée à cette situation,
  • en luttant contre toute forme de proxénétisme et en évitant de banaliser et de légitimer la prostitution par son organisation ».

Concernant ce dernier point, on peut tout de même s’interroger sur le sens que peut avoir l’engagement de ne rien faire pour « organiser » la prostitution : n’est-ce pas s’interdire d’avoir la moindre politique communale, que ce soit un travail de rue ou encore un règlement concernant les vitrines ?

Plus largement, on constatera, ici aussi, l’absence de toute référence explicite à la prévention. Il y a bien, dans d’autres chapitres, la volonté de lutter contre les stéréotypes sexistes, ou les interventions de certaines candidates souhaitant développer des cours d’autodéfense pour filles et femmes, par exemple dans les maisons de jeunes. Mais la prévention en tant que telle, comme volonté politique forte soutenue par un budget spécifique, semble est une fois encore oubliée.

Beaucoup de conviction et d’enthousiasme donc, mais les meilleures intentions ne suffisent pas toujours, comme l’a fait remarquer une représentante de la Commission Femmes et Ville de Liège : là-bas, la Charte a déjà été signée en 2001, mais son application est « homéopathique ». Il faut dire que le conseil communal de Liège ne compte que 10 femmes sur 49 élu/e/s et une seule échevine sur 10. La Commission Femmes et Ville ne manque ni d’idées ni de détermination, mais a beaucoup de mal à obtenir des résultats concrets.
Il ne reste donc plus qu’à voter, à veiller que la Charte soit bien adoptée dès le premier Conseil Communal et ensuite, à vérifier son application. Car la démocratie ne s’arrête pas lorsqu’on a glissé son bulletin dans l’urne.


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