Une pacificatrice au Far West

Sarah Winnemucca était la fille d’un chef Paiute, une tribu vivant dans le Nevada et en Californie qui accueillit favorablement les premiers blancs. Elle a vécu pendant une période clé pour son peuple et a pu influencer l’avenir des siens par son rôle d’éducatrice, d’écrivaine et d’activiste. Elle est le mieux connue comme auteure de Life Among the Piutes : Their Wrongs and Claims (1883), une des peu nombreuses œuvres contemporaines amérindiennes.

Sarah Winnemucca

Née en 1844 sous le nom de Thoc-me-tony (une fleur du genre tigridia), elle passe son enfance dans la vallée St Joaquin, située dans l’actuelle Californie, où elle apprend l’anglais et l’espagnol. Quand elle retourne au Nevada, elle vit avec une famille blanche, adopte le nom Sarah et intègre une école catholique qu’elle doit bientôt quitter, suite aux plaintes des parents d’élèves blanches. Pendant des conflits armés entre Amérindiens et blancs, elle perd plusieurs membres de sa famille. Par la suite, elle tente d’établir la paix et travaille comme traductrice de 1868 à 1871 pour le Bureau des affaires indiennes (BAI). Selon un accord de paix, sa tribu doit aller vivre dans une réserve en Oregon ; elle y accompagne les siens en 1872.

Pendant quelques années, elle continue son travail de traductrice pour le BAI. Pendant cette période, elle se marie avec L. C. Bartlett, qu’elle quitte en 1876 parce qu’il boit. Elle se marie par la suite avec Joseph Setwalker, un Amérindien, mais elle s’en sépare rapidement pour échapper aux violences conjugales. Quand un nouveau fonctionnaire malhonnête prend les rênes à la réserve, les problèmes des Paiutes deviennent de plus en plus graves. Sarah s’apprête à voyager avec son père à Washington pour se plaindre de ce traitement injuste, quand en 1878, la guerre des Bannock éclate. Elle offre aussitôt ses services à l’armée US. Dans cette guerre, la tribu des Bannock se révolte avec peu d’espoir de réussite contre le pouvoir états-unien qui les laisse mourir de faim. Quand Sarah apprend que son père et d’autres personnes de sa tribu ont été pris en otage, elle s’introduit seule dans le territoire des Bannock, trouve le camp où ses proches sont prisonniers et les libère en catimini. En seulement trois jours, elle retourne avec les libérés, lors d’une chevauchée sans nourriture ni sommeil, à travers 230 miles de terrain difficile. Pendant la campagne qui suit, elle sert comme guide, éclaireuse, traductrice et négociatrice dans l’armée US, ce qui lui vaut la méfiance de certains membres de sa tribu.

Sarah Winnemucca

Malgré ce soutien précieux, une partie de sa tribu doit partir à la réserve Yakima, Washington. Dans cette réserve, le climat et les conditions de vie s’avèrent mortels pour de nombreux/ses Amérindien/ne/s. Après la mort de son père, Sarah devient la cheffe de facto des Paiute et se consacre à la défense de leurs droits. Lors de conférences à San Francisco, elle informe le grand public sur la vie et les souffrances de son peuple qui est exploité par des fonctionnaires corrompus du BAI. Ceux-ci réagissent par une campagne diffamatoire. Néanmoins, elle rencontre le président des Etats-unis, Rutherford Hayes, et le ministre de l’Intérieur, Carl Schurz, en 1880. Ils lui promettent que son peuple pourra retourner dans la réserve en Oregon avec des terres supplémentaires. Mais cette promesse n’est jamais traduite en ordre exécutif, car le fonctionnaire du BAI prévient les autorités que les Paiute n’auraient pas de vivres et devraient, sur la route d’une réserve à l’autre, piller les fermes et les villages pour trouver de la nourriture. L’argument est assez convaincant pour que ce plan de déménagement disparaisse dans un tiroir.

Sarah épouse peu après l’officier d’armée L. H. Hopkins en 1881, avant de se lancer dans un nouveau tour de plus de 300 conférences sur la côte est. Son nouveau mari, au contraire de ses prédécesseurs, soutient Sarah dans son engagement et fait des recherches pour elle. Avec l’aide du général Howard, pour qui elle avait travaillé lors de la guerre des Bannock, et de l’intellectuelle Elizabeth Palmer Peabody, elle réussit à attirer beaucoup d’attention sur sa cause. La vente de son livre Life Among the Piutes, rédigé avec l’aide des soeurs Peabody, finance son travail. Un bref extrait donne une idée de la détermination et du talent de persuasion de son auteure :

« Oui, vous, qui vous appelez la grande civilisation ; vous qui étiez agenouillés à Plymouth Rock, concluant avec Dieu un contrat pour faire de ce pays la patrie des gens libres et courageux. Et puis vous vous relevez de vos genoux et vous saisissez les mains des propriétaires de ce pays – car il n’est pas à vous. Vos fusils s’élèvent sur la plage rugueuse et votre prétendue civilisation balaie l’intérieur des terres comme les vagues de l’océan. Oh mon Dieu, votre sillon est marqué par les lignes rouges du sang et les os épars de deux races, l’héritier et l’envahisseur ; et je vous appelle au nom de la justice – oui, je plaide pour les plaines lointaines de l’Ouest. »

Sarah Winnemucca

Il s’agit d’un œuvre exceptionnelle, non seulement parce que c’est le premier livre écrit par une femme amérindienne dans une langue qui n’est pas la sienne, mais parce qu’elle y fait le grand écart entre deux cultures et raconte l’arrivée des explorateurs et colons blancs du point de vue des Paiute, réclamant compréhension et respect de la part des lecteurs/trices. Des historien/ne/s considèrent ce livre comme une source primaire importante, mais avertissent aussi que Sarah Winnemucca a délibérément inclus des informations trompeuses pour faire avancer sa cause.

Lors de son engagement d’activiste, elle collecte des milliers de signatures pour une pétition pour finalement réaliser la promesse du président Hayes. En 1884, le Congrès adopte une loi à cet effet, mais cette loi aussi reste lettre morte. Sarah fonde, avec l’aide de Mme Peabody, une école paiute à Lovelock, Nevada, où elle enseigne pendant plusieurs années. Cette école promeut la langue, les coutumes et les valeurs paiute, ce qui attire beaucoup de critiques de la part de nombreux défenseurs de l’assimilation culturelle. Pour la récolte de fonds, elle publie le pamphlet Sarah Winnemucca’s Practical Solution to the Indian Problem en 1886. Quand son mari meurt de tuberculose l’année suivante tandis qu’elle-même est malade, elle ferme l’école et déménage chez sa soeur Elma au Montana, où elle meurt en 1891.

Statue de Sarah Winnemucca

A titre posthume, la Nevada Writers’ Hall of Fame lui attribue un prix pour son œuvre. En 2005, la National Statuary Hall du US Capitol érige une statue à son nom qui représente le Nevada. Une école primaire en Washoe County, Nevada, porte aujourd’hui son nom.

Pour en savoir plus :

  • Sarah Winnemucca Hopkins : Life Among the Piutes : Their Wrongs and Claims.
  • Sally Zanjani : Sarah Winnemucca, University of Nebraska Press : Lincoln and London, 2001.
  • Siobahn Senier : Voices of American Indian Assimilation and Resistance : Helen Hunt Jackson, Sarah Winnemucca, and Victoria Howard. University of Oklahoma Press, Oklahoma 2001.

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