La légende du dragon

La femme rebelle que nous vous présentons ce mois-ci n’a peut-être pas vraiment existé. Mais si elle n’existe pas, elle est au moins bien inventée. Il s’agit de Ng Mui, l’ancêtre du Wing Chun. Selon la légende chinoise, quatre moines et une nonne – Jee Sin, Bak Mei, Fung To-Tak, Miu Hin et Ng Mui – ont survécu à la destruction du temple Shaolin par le gouvernement mandchou des Qings en 1647, 1674 ou 1732. On attribue à Ng Mui la création de différents styles d’arts martiaux, et cela à différents endroits de la Chine australe. Comme même l’année de la destruction du temple n’est pas sûre, le reste de sa vie est assez nébuleux aussi. Mais voici l’ensemble des suppositions et racontars, pour la plus grande joie des femmes rebelles.

Leung Ting, élève de Yip Man (maître du Wing Chun du 20e siècle), écrit que Ng Mui a créé le style des cinq formes qui imite les mouvements des animaux, avec l’aide de Miu Hin, un élève laïque du monastère de Shaolin. D’autres sources disent que le style des cinq animaux précède Ng Mui, car il est à la base du style Shaolin du sud. Sa création du style du dragon, en revanche, est relatée par les historien/ne/s du style du dragon moderne, qui ramènent cette prestation et la destruction du temple de Henan au 16e siècle. La tradition du Wu Mei Pai (encore une autre école de Wing Chun), de son côté, veut que Ng Mui était la fille d’un général Ming dans la Cité interdite, où elle a développé son style pratique par des exercices sur des poteaux fixés dans le sol. Après la mort de ses parents lors de la conquête de la Cité interdite, elle se serait réfugiée dans le temple de la Grue blanche sur le Mont Daliang pour devenir une rebelle contre le gouvernement Qing. Enfin, la tradition tibétaine relate que Ng Mui était le nom chinois du moine (!) tibétain Jikboloktoto, maitre de kung fu au Tibet du 19e siècle.

Ng Mui dans l'imaginaire populaire

La plus grand partie des histoires sur Ng Mui viennent des enseignements de Yip Man. Selon lui, Ng Mui était abbesse au temple Shaolin de Henan et a survécu à la destruction du temple, loyal aux Ming, par les forces des Qing. Dans cette version, elle s’enfuit au temple de la Grue blanche, où elle rencontre Yim Wing Chun. Un bandit ou un seigneur local voulait forcer cette fille de 15 ans à se marier avec lui. Ng mui suggéra à la jeune fille de le défier à mains nues et d’accepter le mariage si elle perdait, ce qu’elle fit. Ng Mui apprit à Wing Chun comment se défendre. Pour cela, elle concentra les apprentissages Shaolin complexes en un système que Wing Chun put apprendre et intégrer rapidement et pour lequel une force physique phénoménale n’était pas nécessaire. Après avoir gagné le combat avec le prétendant malvenu, Wing Chun se maria avec un certain Leung Bok Chau, pratiquant de kung fu lui aussi, à qui elle enseigna son art. C’est lui qui, à la mort de Wing Chun, donna le nom de sa femme à ce nouveau style. Aujourd’hui, le Wing Chun est connu mondialement, entre autres par les films de Bruce Lee qui a encore développé cet art.

La tradition populaire est également riche en histoires sur Ng Mui, une combattante pour protéger les faibles et pour rétablir justice. L’observation de la lutte entre un renard et une grue lui aurait donné l’inspiration pour développer son style, plus simple et pratique, moins basé sur la force physique : le renard tournait autour de la grue dans l’espoir de pouvoir attaquer le flanc non protégé, mais la grue tournait avec le renard et se présentait toujours de face. Chaque fois que le renard tentait de l’attaquer, elle balayait son attaque avec une aile et passait immédiatement à la contre-attaque avec son bec. Ng Mui se serait introduite seule dans le palais impérial pour couper la tête à l’empereur mandchou pour venger son clan massacré. A 70 ans, elle aurait défié un maître kung fu du Nord à un duel pour protéger un garçon de 14 ans. Ils se seraient battus à la vie et à la mort, en équilibre sur des poteaux de 6m de haut. Un coup de pied à la nuque aurait été fatal à son adversaire.

Michelle Yeoh dans le film Wing Chun

L’identité de Ng Mui est donc incertaine, mais nous déduisons de ce foisonnement de légendes un enseignement : soit une ou des femmes ont eu un rôle actif dans le développement des arts martiaux chinois, soit la population avait besoin de figures d’identification féminines fortes et capables et se les a créées en la personne de Ng Mui. En tout cas, cela laisse une image moins masculine des arts martiaux chinois. Et pour finir, nous vous invitons à aller voir le film hongkongais Wing Chun (1994) avec la formidable Michelle Yeoh dans le rôle de Yim Wing Chun. Légendaire (encore !) la scène de combat impliquant du tofu...

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