Abus sexuels : filles et garçons – même combat ?

Diminuer les abus sexuels envers les enfants et les jeunes dans le monde : voilà l’objectif ambitieux d’une étude dont la première partie vient de paraître.

Il s’agit de collecter des données durant dix ans, pour pouvoir améliorer l’offre dans le domaine de la protection des enfants. La première partie est basée sur une enquête parmi 6700 étudiant/e/s entre 15 et 17 ans en Suisse, et une enquête parallèle effectuée en Chine ; plus tard suivront des enquêtes en Amérique du Sud et en Afrique du Sud. Par la suite, la Fondation UBS Optimus, porteuse de ce projet ambitieux, veut lancer un débat entre expert/e/s pour créer un plan d’action. La troisième étape du projet, dans dix ans donc, devra vérifier si les mesures prises ont porté leurs fruits.

Nous voilà donc avec les premiers résultats qui nous donnent une meilleure compréhension de l’étendue de la problématique dans un pays européen, comparable à la situation en Belgique. En moyenne, un/e mineur/e sur sept a déjà vécu des attouchements ou des viols dans sa vie. Il y a une forte disparité entre filles (21,7%) et garçons (8,1%). Non seulement sont-elles touchées plus souvent par les abus sexuels, mais en plus, les filles vivent plus souvent des abus graves (3% ont été confrontées à un viol, 5% à une tentative de viol avant leurs 17 ans). Plus nombreux/ses encore sont les mineur/e/s – un/e sur trois - sont touché/e/s par des formes d’abus sexuel sans contact physique : exhibitionnisme, harcèlement, exposition à la pornographie... Ici aussi, les filles l’emportent sur les garçons. La principale forme de ces violences sexuelles moins directes est la cybervictimisation. Sur une année, 10% des enfants et jeunes vivent des agressions sexuelles avec contact physique et 20% sans contact. Pire encore : bon nombre des abus sexuels sont répétitifs.

L’âge des victimes aussi joue un rôle. Le plus grand nombre d’abus sexuels a lieu entre 12 et 17 ans pour les filles et entre 6 et 11 ans pour les garçons. Tandis que les enfants préscolaires sont plus souvent abusé/e/s par des adultes proches, l’entrée à l’école signifie une augmentation d’auteur/e/s inconnu/e/s et d’auteur/e/s connu/e/s du même âge, une tendance croissante. Les jeunes se confient plus facilement à quelqu’un en cas d’abus sexuel sans contact physique, et les filles plus facilement que les garçons. Les ami/e/s sont le groupe qui recueille le plus de confidences, tandis que la famille n’a été le point de contact que pour un tiers des abus dévoilés. Les services d’aide ne reçoivent que rarement une plainte directe d’un/e jeune : seulement 4% des victimes ont contacté un service psycho-médico-social et 5% la police. Une nouvelle différence genrée saute aux yeux : tandis que 16% des filles ayant vécu un viol bénéficient d’une thérapie, ce ne sont que... 0% pour les garçons.

Les facteurs de risque identifiés par l’étude Optimus – outre le sexe – sont l’origine étrangère, un éventuel handicap physique, le cadre familial et les styles de vie des enfants et des jeunes. Des parents qui s’adressent sur un ton agressif aux enfants, la violence conjugale et les maltraitances physiques augmentent le risque d’une victimisation sexuelle chez les enfants, tout comme la présence d’un beau-père ou nouveau compagnon de la mère dans le ménage. Par contre, le statut socio-économique de la famille ne joue aucun rôle, et les familles monoparentales ne manifestent pas plus d’abus sexuels que les autres. Du côté du style de vie, certains comportements - sortir souvent, consommer de l’alcool ou des drogues ou surfer beaucoup sur internet - sont de manière significative liés à un risque accru d’abus sexuel ; mais on ne peut conclure si ces comportements sont une cause ou une conséquence de la victimisation.

Les auteur/e/s des abus sexuels étaient aussi au point focal de l’enquête. Contrairement aux idées reçues, la majorité des auteurs d’abus sexuels sur des mineur/e/s ne sont pas des adultes de la famille, mais des adolescent/e/s. Dans 42% des cas, il s’agit de partenaires, ex-partenaires ou flirts, et encore plus chez les garçons victimisés que chez les filles. Pour les faits d’abus plus graves, un cinquième seulement est commis par des inconnus. Par conséquence, la plupart des faits ont lieu au domicile de la victime, chez quelqu’un d’autre ou encore à l’école ; l’espace public n’est pas particulièrement dangereux. Chez les filles, la majorité des agresseurs sexuels sont des garçons et hommes, et cela pour tous les types d’abus sexuels confondus. Par contre, les garçons sont plus souvent agressés par des filles, notamment pour les abus sans contact physique. Souvent, les auteur/e/s adolescent/e/s d’abus sexuels ont eux/elles-mêmes été victimisé/e/s auparavant, pour beaucoup dans le cadre familial.

L’étude conclut que la prévention doit davantage tenir compte des spécificités des violences sexuelles auxquelles sont confronté/e/s les enfants et les jeunes. On y lit qu’il est important de tenir compte de l’âge et du milieu familial dans le développement de programmes de lutte contre les abus sexuels, de mener des actions spécifiques pour certains types d’abus particulièrement fréquents, comme le harcèlement via internet ou par gsm. En ce qui concerne les adolescent/e/s, il est indispensable de centrer les efforts de prévention sur les abus dans les relations amoureuses. Garance en prend bonne note, mais s’étonne – vu les résultats de l’enquête - de l’absence d’une recommandation pour des programmes de prévention spécifiques... au genre.

Conny Schmid : « Violences sexuelles envers des enfants et des jeunes en Suisse. Formes, ampleurs et circonstances du phénomène. » UBS Optimus Foundation, Zurich 2012.


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