Un nouveau concept : la « justice transformatrice »

En Belgique, la lutte contre les violences entre partenaires concentre beaucoup d’efforts et de moyens sur l’intervention policière et judiciaire, avec des succès mélangés (voir notre article sur la formation des magistrats). Mais voilà que la lecture d’un nouveau livre nous invite à réfléchir autrement : faire appel au système d’Etat, est-ce une bonne solution, toujours, pour tout le monde ? Comment faire en sorte que les citoyen/ne/s ne délèguent pas aux forces de l’ordre toute responsabilité pour l’intervention en cas de violence entre partenaires ? Et surtout : qu’est-ce qui contribue à ce que victime et auteur/e puissent sortir du cercle vicieux de la violence entre partenaires ?

Le livre en question s’appelle The Revolution Starts At Home. Combatting intimate violence within activist communities - et présente le concept de la « justice transformatrice » dans des communautés noires, migrantes et LGBTIQ aux Etats-unis. Ce concept se base sur l’idée que ce qui compte pour stopper la violence n’est pas tellement la punition de faits interdits par la loi, mais qu’il y ait reconnaissance, responsabilité et réparation. Victime et auteur, ainsi que toute la communauté, peuvent et doivent changer pour que dans le long terme, les faits interdits n’aient plus lieu. Idéaliste peut-être, mais pourquoi rester modestes dans nos aspirations quand nous luttons contre les violences ? Pour une société sans violence, il faut tout un apprentissage, non seulement de la victime et de l’auteur, mais de tout le monde. The Revolution Starts At Home fait part des premières expériences sur ce long chemin.

Un article particulièrement intéressant est celui de Meiver De la Cruz et Carol Gomez, de l’organisation Matahari : Eye of the Day <http://eyeoftheday.org/> , consacré aux « équipes de soutien de la victime » (en anglais : « survivor support teams ») qui réunissent ami/e/s, volontaires et professionnel/le/s pour accompagner une victime de violence conjugale dans son processus de reconstruction. Des contributions matérielles (logement de transition, collecte de fonds, transport...) à la présence lors de séances au tribunal, d’une oreille attentive à tout moment à l’analyse des besoins et priorités avec la victime... la liste des tâches potentielles d’une telle équipe est longue. C’est un outil pour surmonter l’isolement des victimes de violence conjugale, pour rencontrer les besoins de la victime dans leur globalité et pour mobiliser la responsabilité de l’entourage pour stopper la violence.

Une autre contribution impressionnante est le rapport de Gaurav Jashnani, RJ Maccani et Alan Graig du Challenging Male Supremacy Project <http://www.leftturn.org/experiments...> (CMS) sur le travail de responsabilisation mené par le CMS avec les hommes violents. Ce n’est pas un groupe réunissant des auteurs et un/e ou quelques professionnel/le/s, mais plutôt un groupe de volontaires qui entourent et soutiennent un homme violent dans son processus individuel de responsabilisation. Que ce soient des amis et des hommes admirés dans la communauté qui rappellent à l’ordre un copain rend plus difficile pour celui-ci de refuser sa responsabilité et ouvre une réelle possibilité de changement. Dans le même article, nous découvrons aussi l’effort entamé par les activistes du CMS pour désapprendre leur propre violence et la domination masculine.

Tout aussi forte et précieuse est l’analyse de Connie Burk sur les pièges et les difficultés de ces premiers modèles de justice transformatrice. Participer à un « cercle de responsabilité » coûte de la sueur et des larmes à toutes les personnes impliquées, dure longtemps et ne porte pas toujours ses fruits. Cela ne met pas forcément l’outil en question - peut-être ne sommes-nous pas encore prêt/e/s à ce type de travail parce que nous ne possédons pas les compétences sociales nécessaires pour mener à bien un tel processus. D’où l’intérêt de travailler avec des communautés pour développer ces mêmes compétences (pour une vie relationnelle riche et authentique, que ce soient des relations de couple, d’amitié ou de camarades activistes) une approche que, chez Garance, nous avons envie d’explorer plus en profondeur.


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