Handicapé/e/s et capables !

Ces derniers temps, Garance est de plus en plus souvent sollicitée pour animer des formations de prévention des violences avec des personnes en situation de handicap. Tant mieux, car c’est un public particulièrement vulnérable aux violences, dans l’espace public autant que dans la sphère privée. Et dans le secteur du handicap, les questions de genre restent trop souvent méconnues.

De nombreuses études dans divers pays l’ont démontré : les personnes en situation de handicap vivent plus souvent des violences de tous types que les personnes valides. Les coupables : la discrimination et la stigmatisation liées au handicap, encore exacerbées par d’autres catégories de discrimination, comme le genre, l’orientation sexuelle ou l’origine. Le handicap peut être par ailleurs l’une des conséquences des violences subies. De plus, il a un impact sur la capacité d’agir - réelle ou ressentie, individuelle ou collective - des personnes qui se voient confrontées à de la violence.

Tout d’abord, nombre de personnes en situation de handicap sont obligées d’avoir recours à l’assistance de personnes proches ou professionnelles dans la vie quotidienne. Cette situation crée des dépendances et des inégalités de pouvoir qui facilitent l’abus. Dans le même temps, l’habitude d’être le sujet de l’aide d’autres personnes peut rendre la perception des limites plus floue : si des professionnel/le/s et proches peuvent me toucher, manipuler mon corps, même à des endroits intimes, où est la frontière avec l’abus ? Si les personnes en situation de handicap ne perçoivent pas clairement des situations comme violentes, comme non respectueuses de leurs droits, il est aussi plus difficile pour elles de s’en sortir. D’autant plus que les offres d’information et d’accompagnement pour les victimes de violence sont souvent inaccessibles pour des personnes à mobilité réduite, malvoyantes, malentendantes ou avec des déficiences intellectuelles. Garance voudrait y remédier, et nous sommes d’autant plus heureuses de ces premières coopérations.

Ainsi l’AFrAHM (Association francophone d’aide aux handicapés mentaux) a fait appel à nous pour former des jeunes adultes en situation de handicap mental léger, afin d’agrandir leur autonomie en toute sécurité. Après une séance d’information pour les personnes intéressées et leurs accompagnateurs/trices, nous avons formé un premier groupe en octobre. En trois jours, nous avons travaillé la notion des limites, les limites personnelles et celles des autres, et comment les respecter et faire respecter. Le programme comprenait autant la recherche d’aide que des techniques de défense physique ou encore l’entraînement mental pour en faire des réflexes. Les participant/e/s se sont montré/e/s enthousiastes quand il s’agissait de trouver des solutions à des situations quotidiennes (par exemple, une caissière qui ne rend pas la monnaie, un inconnu qui les regarde ou les insulte, un abus par des proches), autant que quand il fallait montrer sa force en frappant sur des boucliers et annuaires téléphoniques. Pour Garance, c’était une première expérience positive qui nous encourage à poursuivre et approfondir notre approche de genre avec ce public. Nous avons appris que, grâce à des ajustements au niveau du rythme d’apprentissage et la traduction des concepts d’autodéfense parfois complexes en des termes simples, notre approche est tout à fait accessible.

Egalement en octobre, nous avons visité la Flandre pour animer deux groupes d’autodéfense pour l’association Persephone, qui regroupe des femmes en situation de handicap. Le premier groupe était constitué de femmes avec différents handicaps moteurs, et il nous a fallu surtout adapter les techniques physiques aux capacités individuelles des participantes. Le deuxième groupe regroupait des personnes avec différents handicaps sensoriels, majoritairement des femmes malvoyantes. Ici, nous étions devant le défi de transmettre des mouvements de défense sans pouvoir nous appuyer sur des démonstrations visuelles. Ces requis ont enrichi notre savoir-faire pédagogique et technique, et nous espérons pouvoir le mettre en pratique plus souvent.

A moyen terme, nous voudrions trouver les ressources nécessaires pour adapter nos outils d’information aux personnes malvoyantes et proposer des formations spécialisées à nos formatrices. Il sera nécessaire aussi de recruter des assistantes de formation qui puissent faciliter le déroulement de ce type de cours, en assistant les participantes qui en auraient besoin, en permettant la création de sous-groupes d’entraînement selon les capacités présentes dans un même cours et en prenant en charge le rôle des « agresseurs » pour les exercices. Car une chose est claire : les femmes en situation de handicap ont tous les moyens pour faire des dégâts en cas d’agression et les assistantes de formation auront besoin de pouvoir se protéger lors de chutes et coups divers.


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