Pour Ivan Levaï, un viol sans arme n’existe pas

Le 14 mai dernier, Dominique Strauss-Khan était arrêté à New-York, accusé de viol par une femme de chambre de son hôtel de luxe. Aussitôt, ses amis se sont mobilisés pour sa défense : non, il ne pouvait pas être coupable, il n’avait pas le « profil » - comme s’il existait un « profil type » de violeur - il ne pouvait s’agir que d’une calomnie, d’un simple « incident », au pire d’une infidélité... Un réflexe de solidarité de sexe et de classe que des féministes ont dénoncé avec force dans l’ouvrage collectif « Un troussage de domestique », dont nous vous parlions dans notre Newsletter de septembre.
Ivan Levaï, lui, ne s’est pas précipité. Il a pris le temps de réfléchir, de peser les divers arguments - du moins c’est lui qui le dit -, avant de consacrer à la défense de DSK un livre, « Chronique d’une exécution ». On ne l’a pas lu et on n’a pas l’intention de le faire. Un seul extrait suffit à donner le ton : non, ce qui s’est passé dans la suite du Sofitel n’est pas une agression sexuelle car « des relations comme celles-là, il doit en exister des millions et des millions de par le monde, qui ne sont ni des viols ni des agressions, mais des ersatz, des caricatures d’amour sans amour, abritées dans les petites chambres ou les suites des hôtels de la planète. Parce que l’homme est faible. Parce que la femme dit oui, et puis non ou peut-être, et chante même quelquefois, comme vous le confieront sans-gêne les clients, noirs ou blancs, des belles de nuit africaines ».
Ivan Levaï, c’est un personnage important dans le paysage médiatique français : après avoir officié dans divers médias nationaux français (l’Express, Europe 1, France 3...), il est aujourd’hui chroniqueur à la radio publique France Inter. Invité dans les médias et sur les plateaux télé, il a l’occasion de préciser sa « pensée ». Et c’est effrayant.
Lui, il n’a aucun doute : DSK ne peut pas être coupable, car, comme il l’explique lors de l’émission « Comme on nous parle » du 6 octobre : «  Je n’y crois pas. Pour un viol, il faut un couteau, un pistolet... ». Et lorsque la journaliste se permet de le contredire gentiment, il se reprend : oui, peut-être que certains usent aussi de leurs poings... mais là, regardez le gabarit de l’accusatrice ! Pas de chance : Nafissatou Diallo n’est ni frêle, ni vraiment séduisante (comme l’ont élégamment indiqué les avocats de DSK), ni exemplaire (comme le lui a reproché le procureur pour abandonner les poursuites) et en plus, elle ne peut même pas prétendre avoir eu un couteau ou un pistolet sous le nez. Croyez-en Ivan Levaï : dans un tel cas, il ne peut y avoir viol.
D’ailleurs, poursuit le spécialiste autoproclamé des violences faites aux femmes (ou plutôt, des violences « inventées » par les femmes), 10% des plaintes pour viol se révèleraient de purs fantasmes. Retenons ce terme : « fantasmes ». On ne sait d’où il tire ce chiffre de 10%, d’autant qu’en matière de statistiques, il s’emmêle complètement les pinceaux : il a vaguement entendu le chiffre de 75 000 viols en France chaque année, il en a conclu qu’il s’agissait de 75 000 plaintes alors que, sur ce chiffre estimé, seuls 10% des cas sont rapportés à la police.
Ivan Levaï maîtrise assez la langue française pour qu’on puisse le chipoter sur le sens des mots : un « fantasme », ce n’est pas simplement un mensonge. Selon le Larousse, il s’agit d’une « représentation imaginaire traduisant des désirs plus ou moins conscients ».
 Donc, pour Ivan Levaï, non seulement 10% des femmes se plaignent de viols purement imaginaires mais en plus, elles le font parce qu’inconsciemment, elle auraient envie d’être violées...
Heureusement, certains médias ont réagi durement à ces propos, comme le site Acrimed qui en a fait une analyse fouillée.
Dans le même temps, SOS Viol faisait le point sur la situation pour la Belgique. L’estimation est de 7 viols par jour, mais l’association rappelle que le nombre de cas réels est bien plus élevé, les femmes hésitant toujours à porter plainte ou simplement à parler. Dans 75 % des cas, le violeur est quelqu’un que la victime connaît, le plus souvent une personne de son entourage direct. L’article ne précise pas quel pourcentage de ces auteurs avaient le « profil » du violeur ni combien ont utilisé une arme pour commettre leur crime. Ni si la victime « chantait ».
En tout cas, si « l’homme est faible », Ivan Levaï, lui, est carrément indécent.


Avec le soutien de la COCOF - © 2009 Garance ASBL
© 2009 Garance ASBL - www.garance.be - info@garance.be