Violences sexuelles - ras le bol ! (suite)

Alors, comment parler de viol, comment distinguer une relation consentie – ou mieux : désirée ! - d’un refus ?

  • Un viol est un viol. Une agression sexuelle est une agression sexuelle. Si tel ou tel cas est plus grave qu’un autre, c’est surtout à la victime d’en décider. Etablir des hiérarchies de crimes (ou de victimes) ne sert à rien sauf à banaliser les faits.
  • Les agressions sexuelles ne sont pas le propre d’une culture française particulièrement macho. Certes, les médias français ont fait preuve d’une insensibilité affligeante dans l’affaire DSK : D’abord, ils publient des commentaires sexistes sans la moindre mise en question, puis ils accusent les commentateurs de sexisme, sans voir leur propre responsabilité. Et ne parlons pas des effets néfastes de la publication du nom de la présumée victime de DSK. Mais les violences sexuelles commises par des hommes politiques existent partout, pensons à Moshe Katzav, Arnold Schwarzenegger ou encore Canaan Banana. Et ce ne sont que les cas connus.
  • Les agressions sexuelles ne sont pas non plus le propre des « hommes de pouvoir ». C’est par le statut d’homme public que ces accusations font la une, mais ne tombons pas dans le piège de penser que c’est surtout une telle ou telle catégorie d’hommes qui serait particulièrement prône au viol. Dans une société marquée par une inégalité systémique entre femmes et hommes, tous les hommes sont en principe des hommes de pouvoir comparés aux femmes. En effet, ça demande un effort conscient et continue de renoncer à ce privilège, effort que peu d’hommes font. Et les réactions récentes dans l’affaire DSK ont montré le réflexe masculin de serrer les rangs plutôt que de demander des comptes à leurs pairs.
  • Un viol ne se définit pas comme un acte sexuel forcé où la victime se défend bec et ongles. Est-ce qu’il faut vraiment qu’une femme crève les yeux, écrase les testicules et arrache le pénis à son agresseur pour prouver qu’elle n’était pas d’accord ? Un viol est « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit et par quel moyen que ce soit, commis sur une personne qui n’y consent pas » (code pénal belge §375). Le consentement implique l’accord avant de passer à l’acte, concerne les pratiques utilisées et peut être retiré à tout moment. Pour qu’il y ait consentement, la personne doit en être capable : une femme endormie, saoule, droguée, inconsciente ou en situation d’incapacité intellectuelle ne peut pas donner son consentement et est d’office « off limits ». Voici encore une petite liste non exhaustive d’attitudes qui expriment un non consentement : une femme qui pleure, qui reste paralysée, qui se détourne, se débat, est mentalement absente, essaie de s’enfuir, dit non, supplie l’agresseur d’arrêter... (sauf évidemment si cela fait partie d’une pratique sexuelle négociée au préalable).

Tant qu’il y a des personnes qui pensent qu’ « aimer les femmes », c’est les importuner sexuellement, que ça fait partie du profil de « séducteur » de forcer des femmes à des actes sexuels, tant que les victimes de violence sexuelle doivent craindre un lynchage médiatique si elles portent plainte, tant qu’on ne crie pas au scandale quand des policiers déconseillent aux femmes de porter plainte, tant que les violences sexuelles n’ont pas de place explicite dans les plans d’action nationaux contre les violences faites aux femmes, tant que les hommes ne se mobilisent pas pour responsabiliser leurs pairs à respecter les femmes... la lutte féministe contre les violences faites aux femmes reste actuelle et nécessaire.


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