Violences sexuelles - ras le bol !

Parfois, chez Garance, nous ne savons plus où donner de la tête, tellement les événements se bousculent. Les violences sexuelles ont été souvent au centre de l’attention publique ces derniers mois. La couverture médiatique, les commentaires de personnes publiques et d’individus moins connus dans les forums sur internet ou au café du coin ont mis en évidence que les mythes sur les violences sexuelles sont toujours bien vivants. Au point que nous ne savons pas si nous devons nous réjouir que finalement, on en parle, ou exploser de colère vu la manière dont les gens en parlent ! On aura au moins eu la preuve de la nécessité et l’actualité des réponses féministes aux violences.

Le cas le plus discuté actuellement, au moins en Europe francophone, est celui de l’accusation de viol contre Dominique Strauss-Kahn, suivi par la démission de George Tron pour cause d’accusations de harcèlement sexuel et des déclarations de Luc Ferry sur un ex-ministre ayant abusé d’enfants au Maroc. Mais rappelons-nous aussi, il n’y a pas si longtemps, l’affaire Julian Assange ou celle concernant Roman Polanski, avec la même volonté de passer l’éponge. Au même moment, nous apprenons que le ministre britannique de la justice, Ken Clarke, a déclenché un scandale de l’autre côté de la Manche en déclarant qu’un viol par un inconnu était plus grave que celui commis par un proche. Aux Etats-unis, la fraternité universitaire des deux Bush, Delta Kappa Epsilon, a été bannie du campus de Yale pendant cinq ans parce que, lors d’un baptême estudiantin, des membres ont scandé des slogans justifiant le viol. Le premier ministre polonais Ronald Tusk vient de déclencher des vives critiques suite à une remarque sexiste à une journaliste. En Allemagne, le procès Kachelmann (accusation de viol d’un modérateur de télé) s’est terminé par une libération pour manque de preuves, sous les applaudissements du public. Chacun de ces sujets mériterait son propre article, mais par souci d’efficacité, nous tentons d’y réagir avec un seul (long).

En gros, dans les débats sur ces cas on retrouve les mêmes mythes que le mouvement de femmes s’efforce de déconstruire depuis 40 ans : les femmes violées l’auraient cherché en envoyant les mauvais signaux aux hommes avec leurs minijupes, hauts talons, décolletés, comportements... Les hommes seraient non seulement incapables de maitriser leur désir sexuel, mais aussi trop bêtes pour comprendre quand une femme dit non, verbalement ou non verbalement. Et de toute façon, des femmes qui portent plainte mentent, parce qu’elles veulent se venger ou parce qu’elles sont instrumentalisées par les ennemis de l’inculpé. Une de ces remarques a déclenché un nouveau mouvement de femmes qui dénonce les tentatives de culpabiliser les victimes de viol : SlutWalk. Chez Garance, nous nous réjouissons de cette initiative, mais nous nous étonnons également du silence assourdissant des hommes : n’en ont-ils pas marre d’être constamment représentés comme des sinistres brutes néanderthaliennes ?

Ces mythes ne servent pas uniquement d’excuse aux violeurs, mais ont aussi comme conséquence de dissuader les femmes violées de porter plainte, voire simplement de parler, par peur d’être jugées coupables de la violence qui leur a été faite. Nous observons que l’affaire DSK délie les langues, et c’est tant mieux, mais il n’y a actuellement pas d’augmentation du nombre de plaintes à la police. Et même quand une victime ose faire cette démarche, les mêmes mythes agissent de nouveau et mènent à un très faible taux de condamnations. Souvent, c’est la femme et ses antécédents sexuels qui sont les véritables accusés. C’est un peu comme si on demande à la victime d’un vol si elle a déjà offert quelque chose à quelqu’un avant : si la réponse est oui, alors ce n’est pas étonnant si après, les gens pensent avoir le droit de se servir à leur guise...

Alors, comment parler de viol, comment distinguer une relation consentie – ou mieux : désirée ! - d’un refus ? C’est ce que nous tenterons de développer dans la deuxième partie de cet article...


Avec le soutien de la COCOF - © 2009 Garance ASBL
© 2009 Garance ASBL - www.garance.be - info@garance.be