Poke, tweet, lol : utiliser les médias sociaux pour combattre la violence

Une drogue pour les uns, une nuisance pour d’autres, les médias sociaux peuvent aussi être un formidable instrument de lutte contre les violences faites aux femmes. D’ailleurs, si Garance a son profil sur Facebook, ce n’est pas seulement pour communiquer avec ses ami/e/s...

Les premiers à comprendre le potentiel des médias sociaux ont été les services pour des victimes de violence qui peuvent, grâce à ces outils, se rendre plus accessibles. Il existe de nombreux forums pour trouver de l’aide contre toutes sortes de violences. Des professionnel/le/s sont disponibles pour les femmes victimes de violence lors de chats collectifs ou individuels, comme par exemple à la ligne d’écoute de Vienne. Des SMS accompagnent et soutiennent des parents victimes de leurs enfants adolescents et les femmes confrontées à la violence intrafamiliale entre les séances de leur groupe thérapeutique en Australie. Il est même possible d’avoir recours à de la thérapie en ligne <www.interapy.nl&gt; pour les jeunes victimes de violence sexuelle.

Les possibilités des médias sociaux n’ont pas échappé non plus aux activistes. La campagne féministe Hollaback ! contre le harcèlement sexuel dans l’espace public utilise des photos des harceleurs prises par gsm et les fans peuvent poster des témoignages sur youtube. Pour faciliter la participation à cette campagne, Hollaback ! propose aussi une application spécifique pour smartphone qui permet non seulement d’enregistrer des photos ou des films de harceleurs, mais aussi les coordonnées du lieu, afin de mettre en carte le harcèlement sexuel dans les villes états-uniennes.

Twitter offre également des moyens pour sensibiliser les gens à la violence. En seulement 140 signes, des messages importants peuvent être véhiculés et toucher un large public. Ainsi par exemple en octobre 2009 aux Pays-Bas, une certaine Jessica Stevens se fait plein d’ami/e/s sur Twitter. Après quelques semaines, elle leur confie qu’elle a un nouveau petit ami, qu’elle est heureuse, qu’elle va emménager avec lui. De tweet en tweet, elle raconte ses joies et ses peines - qui se multiplient, de disputes en insultes, jusqu’à la violence physique. Ses ami/e/s lui suggèrent des solutions ; mais seulement 1% lui conseillent de chercher de l’aide professionnelle. Le 17 décembre, Jessica est admise à l’hôpital avec une clavicule cassée, et quelques heures après, elle informe ses ami/e/s qu’en réalité, elle n’existe pas, qu’il s’agit d’une campagne ; elle leur indique aussi où il est possible de trouver des conseils pour aider une victime de violence conjugale. De plus, des tweeters néerlandais connu/e/s ont dédié un tweet à Jessica. De cette manière, la campagne a atteint des dizaines de milliers de gens, avec un budget de zéro euros.

Mais les médias sociaux peuvent aussi avoir un impact sans longues préparations ni plans de communication sophistiqués. Quand en décembre 2010 Julian Assange, fondateur de Wikileaks, est accusé de viol, des nombreux people se solidarisent avec lui comme un seul homme. Le cinéaste Michael Moore ne se contente pas de contribuer à la caution pour qu’Assange puisse quitter la prison, mais il ridiculise également les accusations. Sa banalisation de la violence sexuelle choque de nombreuses femmes, dont Sady Doyle de Tiger Beatdown qui lance une campagne par Twitter contre le metteur en scène oscarisé. (hashtag : #MooreandMe) Une semaine et quelques milliers de tweets plus tard, Moore apparaît à la télé pour dire qu’il faut prendre au sérieux chaque femme qui parle de viol, qu’il faut enquêter quand il y a des soupçons et qu’Assange doit répondre aux questions. Conversion surprenante. Plus tard, il remercie la tweeteuse Doyle - par tweet évidemment.


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