La sécurité au prisme de l’âge

Dans les activités liées au projet « Femmes 55+ actrices de leur sécurité », nous le constatons régulièrement : ces femmes manifestent un fort sentiment d’insécurité, qui les pousse à des comportements d’évitement les privant d’activités sociales, culturelles ou simplement amicales, et contribue à leur isolement ; mais aussi, ce sentiment est parfois basé sur des idées reçues que l’on peut déconstruire. D’où l’importance de disposer d’études sérieuses concernant l’insécurité réelle, les risques encourus et les meilleures stratégies pour y faire face.

Deux études ont été publiées récemment sur ce thème. La première, provenant de l’INED ( Institut National d’Etudes démographiques français), montre que les personnes âgées de plus 65 ans, et en particulier les femmes, sont celles qui déclarent le plus de sentiment d’insécurité ; mais qu’en même temps, c’est dans cette tranche d’âge qu’on trouve le moins d’agressions réelles. En comparaison, les jeunes entre 14 et 24 ans sont sept fois plus souvent victimes d’une agression physique ! En réalité, la menace la plus importante pour l’intégrité physique des personnes âgées, ce sont les accidents de la vie courante, et principalement les chutes à domicile ou dans les abords immédiats.

Il est à noter que l’étude ne porte que sur les agressions sur la voie publique. Un peu bizarrement, alors qu’elle prend en compte les accidents domestiques, les violences et maltraitances vécues chez soi, le plus souvent causées par des proches, sont, elles, complètement ignorées.

Elles constituent pourtant une part importante des risques réels encourus par les personnes âgées, et en particulier les femmes, comme le démontre d’ailleurs une autre étude internationale réalisée pour la Commission européenne, par la VUB pour sa partie belge.

Menée sur 450 femmes belges âgées de 60 ans et plus, elle révèle que 32% d’entre celles qui vivent dans un ménage privé ont connu une forme de maltraitance au cours de l’année écoulée. Les formes les plus fréquentes sont les mauvais traitements psychiques, suivis par l’exploitation financière et la négligence. Chaque année, 5% des femmes âgées subissent des mauvais traitements qualifiés de « sévères ». 


Après leur agression, les victimes de maltraitance ont surtout des problèmes de tension nerveuse, un sentiment d’impuissance et de colère, et leur qualité de vie est en baisse. Près de la moitié des victimes ne parlent de l’incident à personne, ni une connaissance ni un organisme officiel. Plus préoccupant encore, 50% des personnes ayant déclaré leur maltraitance ont trouvé cela inutile.

Pour ce qui est des auteurs des maltraitances, l’étude révèle ce que Garance savait déjà : une part importante est imputable aux proches. Ainsi, trois types de maltraitances - la maltraitance émotionnelle, la violence physique et la violation des droits personnels – sont le plus souvent le fait du partenaire. La négligence vient surtout des enfants et du personnel de soins. L’exploitation financière est le plus souvent perpétrée par les enfants ou par une personne proche comme l’ex-partenaire, des amis ou des connaissances. Enfin, les sévices sexuels sont généralement commis par des personnes que les femmes âgées connaissent bien.

Parmi les facteurs de risque, l’étude relève principalement l’état de santé, surtout mentale, les difficultés à boucler son budget et l’isolement, l’absence d’activités extérieures.

Les recommandations de l’étude rejoignent en grande partie l’approche de Garance, notamment l’importance d’impliquer les femmes concernées dans la recherche de solutions ; mais aussi de déconstruire les idées reçues, sortir de l’isolement, améliorer la confiance en soi pour prévenir les maltraitances. Et si on en est victime, la nécessité d’en parler et d’alerter des associations qui peuvent aider la personne dans son parcours, aussi bien judiciaire que psychologique [1]. Des associations dont le travail de sensibilisation et de formation est essentiel, aussi bien auprès des victimes potentielles que des intervenants sociaux ou des autorités publiques.


[1A Bruxelles : SEPAM 02/219 56 88 ; en Wallonie : Respect Seniors, 0800 30 330 (numéro gratuit)


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