Les violences conjugales expliquées aux entreprises

Proposer aux entreprises une formation sur les violences conjugales : une idée originale d’Amnesty International, dont nous avons discuté avec Françoise Guillitte, responsable Droits des femmes chez AI et initiatrice de ce projet.

D’où vient l’idée de proposer aux entreprises une formation au thème des violences conjugales ?

FG : Les femmes qui sont victimes de violences à la maison passent aussi beaucoup de temps au travail. Il n’y a pas de coupure entre les deux mondes. Dans quel état arrivent-elles au boulot ? L’obligation de faire bonne figure, de raconter des bobards, peut apparaître comme une autre forme de violence. Par ailleurs, on n’a peu évalué l’aspect financier des violences [1], les effets sur la productivité : comment exiger d’une femme agressée d’avoir le même rendement qu’une femme épanouie ? C’est inhumain d’exiger d’elle de laisser ces problèmes à la porte.

En quoi consiste cette formation ?

FG : Nous nous adressons aux responsables des ressources humaines, aux services sociaux, aux médecins du travail... Il s’agit d’expliquer la problématique, ce qu’est le cycle de la violence, les conséquences, ce que dit la loi. Ensuite, c’est à eux de prendre l’initiative sur la manière de transmettre ce message au personnel : si vous êtes auteur vous avez des comptes à rendre, si vous êtes victime vous avez des droits.

Et les représentants syndicaux ?

FG : Nous avons parfois des contacts avec eux. Nous essayons aussi de pousser les syndicats à former leurs délégués à écouter, à orienter. Car nous constatons que souvent, dans une mise en situation, les gens sont mal à l’aise.

Comment les entreprises réagissent-elles ?

FG : Le premier contact est en général positif, mais après, il ne faut rien bousculer. Les responsables des ressources humaines sont parfois surpris, ou pas très à l’aise : on a dû faire tout un travail pour leur montrer ce que l’entreprise avait à y gagner : être précurseurs, pouvoir l’afficher...

Des résultats concrets ?

FG : On a commencé avec une enseigne de la grande distribution, avec des actions précises : article dans le journal distribué à tout le personnel, dépliant d’Amnesty mis à la disposition de tous, séance d’explication d’une journée, affiches en salle de repos avec les numéros de téléphone utiles... et pour le 25 novembre, distribution de rubans blancs avec un feuillet explicatif. Il ne s’agit pas de résoudre le problème dans l’entreprise, mais de le dépister, puis d’orienter les personnes vers les centres spécialisés. Mais il nous paraît important que l’entreprise se montre ouverte et disponible.

N’y a-t-il pas un risque, en ces temps de précarisation de l’emploi, qu’un tel « dépistage » serve à détecter des personnes « à problèmes », dont l’entreprise chercherait alors à se débarrasser ?

FG : Le risque peut exister, mais le plus important nous paraît de sortir une femme des violences. Perdre son boulot reste moins grave que perdre sa vie.


[1Il en existe quelques études, et nous avons parlé de l’une d’elles ici


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