Prévention des violences dans la prostitution - les résultats

Vous l’avez peut-être remarqué en suivant nos articles et newsletters : chez Garance, on a beaucoup parlé de la prostitution en 2010. Le coupable ? Un projet européen qui a occupé une grande partie de nos ressources pendant un an. En tant qu’organisation coordinatrice, Garance a pu réunir sept associations LGBT, d’autodéfense féministe et de soutien aux personnes prostituées en Belgique et en France. L’objectif était de développer des outils de prévention primaire des violences qui sont adaptés aux besoins et aux réalités de vie des femmes prostituées.

Car elles en ont besoin. Pas parce qu’elles seraient moins capables de se protéger que d’autres femmes – au contraire ! Mais parce que la répression de la prostitution pousse les femmes dans des conditions d’exercice de leur activité qui les exposent à la discrimination, aux violences et à l’exploitation. Ces violences sont une manifestation du stigmate qui colle à la prostitution, indépendamment de son statut légal (bien qu’un statut illégal ou ambigu semble faciliter la violence). Plus les femmes sont socialement et économiquement vulnérables, plus cela limite leur capacité d’action en matière de prévention des violences. Elles ont moins de ressources à leur disposition dans des contextes plus précaires (prostitution de rue, prostitution clandestine...), mais restent toujours actrices de leur sécurité. Et par ce projet, Garance voulait rendre visible, valoriser et renforcer cette capacité d’action.

Par des animations et des entretiens individuels, nos partenaires ont récolté des témoignages des femmes sur les violences auxquelles elles se voient confrontées dans le cadre de leur activité, avec un intérêt particulier pour la manière dont elles y font face. En se basant sur leurs trucs et astuces, un guide de sécurité a été rédigé – par les prostituées pour les prostituées. Mon corps, ma fierté, ma force est actuellement distribué auprès des femmes prostituées en Belgique et en France. Mais toute femme peut y trouver des idées pour améliorer sa propre sécurité, par exemple si elle compte utiliser des sites de rencontre. Fiez-vous aux conseils des expertes !

Une deuxième production du projet, également créé en étroite collaboration avec les femmes prostituées, est le Putain de manifeste . Cette publication réunit les revendications des femmes travaillant dans le contexte de la prostitution, envers les clients, les décideurs politiques, la police, les services psycho-médico-sociaux, les habitant/e/s des quartier de prostitution, leurs familles et toute autre personne en contact avec elles. Elles y expliquent ce que le respect signifie pour elles, comment elles veulent être traitées et dénoncent les comportements inacceptables à leur égard. Ce manifeste existe en format de poche (facile à emporter) et en affiche.

Tout au long du projet, les partenaires ont collecté des bonnes pratiques dans le domaine de la prévention des violences dans le contexte de la prostitution. Le croisement de regards entre deux pratiques majeures – l’autodéfense féministe et la santé communautaire – a constitué un atout. 19 bonnes pratiques ont été choisies et présentées dans un rapport.

Pièce de résistance du projet : la formation de nouvelles formatrices d’autodéfense sensibilisées aux problématiques de la prévention des violences dans le contexte de la prostitution. En plus des techniques de prévention et de défense mentale, verbale et physique habituellement enseignées dans nos formations, des stratégies collectives et individuelles ont été développées pour des situations spécifiques, avec un accent particulier sur la protection contre les agressions sexuelles :

  • techniques verbales pour exiger le port du préservatif,
  • pose de limites et négociation du contrat,
  • gérer des situations où la confidentialité de l’activité prostitutionnelle est en cause,
  • se faire respecter par des représentant/e/s des autorités administratives, policières et médicales,
  • stopper des agressions en voiture et en chambre.

Huit personnes prostituées, ex-prostituées ou non prostituées ont été formées afin de transmettre ce savoir auprès de leur public et/ou de leurs paires.

Pour présenter ces produits et sensibiliser un plus grand public, les associations partenaires ont organisé une journée d’action à Bruxelles, Lyon, Paris et Toulouse qui s’est clôturée par un coup de sifflet simultané à 17h12. Des centaines de sifflets d’alarme ont été distribués aux femmes prostituées et aux passant/e/s.

Le projet a touché plus de 500 femmes prostituées par le biais d’animations, d’ateliers d’autodéfense, et des contacts individuels. Elles sont plus nombreuses encore à avoir pu profiter des publications et sifflets. Et Garance a énormément appris sur la prostitution – et sur la prévention des violences !


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