Quand les européennes se rassemblent...

... la lutte contre les violences faites aux femmes avance. Comme par exemple lors de la conférence annuelle du réseau Women Against Violence Europe (WAVE), qui s’est réunie à la mi- octobre à Varsovie (Pologne). 300 personnes, venant d’associations féministes et d’aide aux femmes victimes de violence de toute l’Europe, y ont réfléchi ensemble sur la façon de lutter contre les violences, en particulier en temps de crise.

Un sujet d’une grande actualité : d’un côté, avec l’augmentation du chômage et des problèmes financiers, les tensions à l’intérieur des ménages montent aussi, exacerbant des situations de violence ; de l’autre côté, en réponse aux problèmes des finances publiques, de nombreux pays européens ont choisi de diminuer le financement pour les maisons d’accueil, services d’aides aux victimes etc. Les autorités recourent aussi plus souvent à des marchés publics pour financer des services ; or, pour gagner un marché public, c’est d’abord le prix qui compte, non la qualité du service.

Certains pays comme l’Allemagne, l’Espagne ou les Pays-Bas continuent à mener une politique suffisante ; par contre, les pays de l’Est de l’Europe, l’Irlande, l’Italie ou le Royaume-uni connaissent des coupes sombres dans les budgets anti-violence. Il existe cependant un contre-exemple, les Etats-Unis, pourtant touchés à plein fouet par la crise : ici, le changement de gouvernement a entraîné une nette amélioration dans le financement des politiques et services.

Mais WAVE ne s’arrête pas aux constats critiques. Le réseau a travaillé sur les futures Convention du Conseil de l’Europe et Stratégie de l’Union européenne en matière de lutte contre les violences faites aux femmes. Deux grands courants stratégiques se cristallisent au sein de la communauté associative : les unes - une majorité - préfèrent une politique spécifique contre les violences faites aux femmes ; d’autres se contentent d’une politique générale de lutte contre les violences, à la seule condition qu’elle soit liée à une bonne analyse de genre.

Une initiative espagnole intéressante prévoit de créer un « protection order » (interdiction de contact) européen, qui permettrait aux femmes victimes de violence entre partenaires de bénéficier de mesures de protection même quand elles franchissent des frontières européennes.
Les femmes migrantes, et en particulier celles qui sont sans papiers, forment un groupe particulièrement vulnérable aux violences. WAVE a souligné une fois de plus l’importance de donner à ces femmes un statut de séjour indépendant de celui de leur partenaire. Une plate-forme européenne pour la protection des droits des migrants sans papiers (PICUM) a développé une stratégie de plaidoyer pour faire pression dans ce sens.

Un autre sujet encore a focalisé l’attention : l’impact du « mouvement des pères », ou mouvement masculiniste. Il regroupe des hommes qui réclament le droit de garde sur les enfants, même après des graves violences contre leur partenaire et/ou les enfants. S’ils obtiennent dans ces cas un droit de visite, voire la garde alternée, cela peut avoir des conséquences néfastes pour les enfants et pour les mères. Ce contact obligatoire risque de permettre à l’homme violent de perpétuer son contrôle et ses comportements violents, sans le mettre devant ses responsabilités parentales et civiques. Les tribunaux de la famille sont souvent trop peu informés sur les violences qui mènent à une séparation et ne sont pas sensibilisés aux éventuels risques consécutifs à leurs jugements. Un débat à mener aussi en Belgique.

La prochaine conférence annuelle de WAVE aura lieu en 2011 à Rome ou à Lisbonne, dépendant des financements disponibles à niveau national (what else ?).


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