Pour les violences aussi, prévenir coûte moins que guérir !

1% du PIB : voilà une estimation de ce coûtent, chaque année, les violences faites aux femmes [1]. Pour la Belgique, cela se traduit par un coût de 3,5 milliards d’euros, ou encore 312 euros par habitant, homme ou femme, adulte, senior ou bébé. Selon une autre étude, chaque augmentation d’un euro dans les politiques de prévention permettrait d’épargner 87 euros en dépenses sociales. L’Organisation mondiale de la santé a de son côté démontré à maintes reprises le meilleur rapport coût-impact de la prévention primaire comparée aux actions curatives et répressives. Ainsi donc, outre les conséquences dramatiques de ces violences pour la santé et le bien-être des victimes, les violences ont aussi un prix économique.

Comme chaque année à l’occasion du 25 novembre, journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes, on a pu entendre des déclarations de bonne volonté et l’annonce d’un nouveau plan d’action, comprenant un volet prévention et une meilleure coordination entre les différents niveaux de pouvoir. Mais il est à craindre que dès le lendemain, on retourne aux dures réalités en oubliant un point central : le financement de toutes ces bonnes intentions. En temps de crise économique, l’urgence d’une vraie politique de prévention semble d’autant plus évidente – mais se fait attendre.

L’une des raisons se trouve dans le système fédéral belge et sa distribution des compétences. Pour rappel, le fédéral s’occupe de tout ce qui concerne l’ensemble du pays, indépendamment des frontières linguistiques ; les communautés sont chargées des domaines liés à la langue et les régions ont des compétences liées au territoire. Dépendant à la fois de l’Intérieur, la Justice, la Santé publique, l’éducation ou encore l’aide à la personne, la prévention des violences se retrouve assise entre un nombre incalculable de chaises.

Ces domaines de prévention sont pourvus de budgets insuffisants, et peu coordonnés ou évalués. Certes, des coordinations provinciales ou régionales ont été mises en place il y a quelques années partout en Belgique, et le nouveau plan d’action prévoit de mieux coordonner les approches entre les différents niveaux de pouvoir. Mais ces mesures ne visent que la lutte contre les violences conjugales, pas les autres formes de violence faites aux femmes (violence sexuelle, harcèlement au travail, sexisme ordinaire...). Et des acteurs centraux n’y sont pas représentés, comme le secteur de santé ou de l’éducation.

Il n’est donc pas étonnant qu’en Belgique, la prévention des violences faites aux femmes reste sous-développée. Le SPF Intérieur ne peut que proposer des actions en technoprévention (peu efficaces contre les violences conjugales par exemple) ou ciblant des auteurs potentiels - et comme le mouvement de femmes ne cesse de le dire, il n’y a pas un « profil type » d’auteur de violences faites aux femmes, n’importe quel homme peut le devenir : voilà un groupe un trop grand groupe pour être touché dans sa globalité.

Restent donc les Communautés, chroniquement sous-financées, qui ont négligé de créer un créneau spécifique à la prévention, pour ce qui concerne la violence comme dans d’autres domaines. L’une ou l’autre campagne de sensibilisation peut bénéficier d’un budget, toujours facultatif et ponctuel. Mais sans politique claire, chaque changement de gouvernement amène d’autres priorités, avec peu de vision à long terme, tellement importante pour le développement d’une bonne politique de prévention. Sans doute existe-t-il toujours un doute quant à la possibilité d’éviter les violences, qui feraient partie intégrante de la « nature humaine ».

Pourtant, en ce qui concerne la possibilité de prévenir les violences, nous avons de bonnes expériences. Garance ASBL est active dans ce domaine depuis 10 ans, avec un outil qui a prouvé maintes fois son efficacité : l’autodéfense pour femmes. Attention, il ne s’agit pas de cours d’arts martiaux, mais d’une approche globale, individuelle et collective, à la prévention des violences. Comment reconnaître des situations potentiellement dangereuses ? Quelles stratégies utiliser pour désamorcer un danger ? Comment se faire respecter verbalement ? Et si tout cela ne marche pas, comment se protéger contre la violence, mentalement et physiquement ?

L’autodéfense pour femmes a démontré qu’elle accroît la confiance en soi et la capacité d’agir des femmes. Non seulement les participantes à un cours d’autodéfense se sentent plus en sécurité, mais elles sont effectivement moins souvent confrontées à des agressions. Et si le pire arrive, elles savent y réagir et diminuent ainsi les conséquences négatives pour elles-mêmes et leurs proches.

Depuis 10 ans, nous avons pu former plus de 3 500 femmes et filles à prévenir les violences qui leur sont faites. Pour cela, nous avons reçu de la reconnaissance symbolique, mais peu d’argent. Les subsides nous permettent de financer un peu plus de la moitié de nos activités ; le reste vient de nos revenus propres ou de dons. Nous n’avons pas pu trouver de financement de base. Cela implique que nous devons, au contraire des services d’aide aux victimes de violence, réunir notre budget par tranches de mille euros par ci, cinq mille euros par là. Avec des logiques qui changent et de nouvelles démarches bureaucratiques à suivre, à cause de l’éparpillement des compétences entre tant de différents acteurs politiques. Ce temps de travail n’est pas rémunéré, les subsides restent ponctuels et insuffisants et nous travaillons donc dans une précarité permanente.

Pour nos 10 ans, nous souhaitons que les politiques belges passent des paroles aux actes et développent une vraie politique de prévention des violences faites aux femmes avec un financement à long terme à la clé. Parce que cela permettrait d’épargner non seulement de l’argent, mais aussi beaucoup de souffrance qui n’a rien d’inéluctable.


[1Instituto Andaluz de la Mujer : « Los Costes Sociales y Económicos de la Violencia Contra las Mujeres en Andalucía. » Sevilla 2004.


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