Sécurité : les femmes oubliées

Comment peut-on encore parler de violences, de sécurité et de sentiment d’insécurité sans jamais évoquer les différences entre hommes et femmes ? Eh bien, c’est possible, comme le prouve la dernière livraison de « Brussels Studies », qui se veut la « revue scientifique électronique pour les recherches sur Bruxelles ».

Basée sur la dernière enquête du Moniteur de sécurité, l’étude va à l’encontre d’idées reçues qui feraient de Bruxelles une sorte de « Chicago-sur-Senne » où l’on risquerait sa vie à chaque coin de rue... La situation de Bruxelles est surtout celle d’une grande ville avec ses zones de précarité, ses inégalités et ses brassages de langues, de cultures avec tout ce que cela peut porter de fantasmes et d’incompréhension.

Les Bruxellois ne vivent donc pas dans un état de peur constant, mais comment ignorer qu’hommes et femmes n’ont ni les mêmes expériences, ni les mêmes craintes ? Le Moniteur lui-même est peu sensible aux questions de genre. Des sujets comme les violences intrafamiliales ou les délits sexuels (pourtant en hausse) sont à peine effleurés. Mais il relève tout de même que les femmes sont, avec les pensionnés, les personnes sans profession et les population peu scolarisées, les plus sensibles au sentiment d’insécurité. Elles le sont même deux fois que les hommes. De même, ce sont les femmes qui ont le plus de comportements d’évitement de certains lieux, certains moments ou certaines circonstances : elles sont entre deux et cinq fois plus nombreuses à craindre de prendre les transports en commun, d’ouvrir la porte à un inconnu ou de quitter la maison après la tombée de la nuit !
Mais de tout cela, il n’y a pas un mot dans l’étude de Brussels Studies. Le mot « femme » n’y figure pas une seule fois !

Or l’intérêt d’une telle étude, au-delà de sa valeur purement scientifique, est de pouvoir servir de base pour déterminer des politiques publiques qui renforceraient la sécurité de tous. Et de toutes. Or, faute de statistiques spécifiques, d’analyses et de propositions spécifiques, les problématiques spécifiques qui concernent ces « toutes » risquent bien de passer à la trappe. Il faudra encore le répéter bien souvent.


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