Violences contre les femmes en cinq leçons

L’INSEE, institut de statistiques français, vient de sortir un nouveau rapport consacré aux violences faites aux femmes, portant sur les années 2005-2007. Un tableau qui confirme ce qu’on savait déjà... mais pas forcément dans le grand public.
Remarque préliminaire : l’enquête concerne les femmes entre 18 et 59 ans. Cette limite supérieure, assez systématique dans les enquêtes, nous paraît étrange : faut-il en conclure qu’au-delà de 59 ans, les femmes sont à l’abri des violences... ? Ou que ça n’intéresse plus personne ? Quelques leçons à tirer tout de même.

Première leçon : Globalement, sur une année, 3,5% des femmes interrogées ont subi l’une ou l’autre forme de violence. Il y en a eu autant dans le ménage qu’en dehors. A noter que si les violences sexuelles sont plus fréquentes à l’extérieur, c’est à l’intérieur du ménage qu’ont lieu la majorité des violences physiques.

Mais ce n’est pas parce que la majorité des agressions sexuelles se passent à l’extérieur que la menace vient de la part d’inconnus, dans des lieux totalement étrangers. C’est la deuxième leçon importante : pour ces agressions extérieures au ménage, 70 % des victimes disent en connaître l’auteur. La moitié le connaissent même de près : il est leur ex-conjoint plus d’une fois sur cinq ou un « ami » pour 16 % des victimes. Une fois sur trois, les viols ont lieu au domicile de la victime, et seulement une fois sur huit dans la rue. Par contre, les gestes déplacés – caresses ou baisers non voulus, attouchements... - se passent d’abord sur le lieu de travail.

Troisième leçon : les femmes sont d’autant plus vulnérables qu’elles sont jeunes - moins de 30 ans – faiblement qualifiées et d’origine étrangère. Cette dernière catégorie présente un taux plus élevé de violences domestiques et d’agressions sexuelles en dehors du ménage, mais moins d’agressions sexuelles à l’intérieur de celui-ci. Elles se disent aussi moins souvent victimes d’injures ou de menaces. A moins, s’interroge l’enquête, qu’elles y soient moins sensibles, comme s’il s’agissait de quelque chose de « normal » ?

Quatrième leçon : si les hommes sont aussi victimes de violences, il s’agit principalement d’agressions physiques en dehors de chez eux, de vols avec violences, de menaces, trois catégories où ils courent même plus de risques que les femmes. On ne s’étonnera pas qu’ils subissent beaucoup moins de violences au sein du ménage, de viols ou d’autres agressions sexuelles – et pour ces deux dernières catégories, l’enquête ne précise pas le sexe de l’agresseur...

Enfin, cinquième leçon, les violences intraconjugales sont encore et toujours très mal rapportées : un cinquième des victimes de violences physiques et le tiers des victimes de violences sexuelles n’en ont même pas parlé à qui que ce soit (ami, médecin ou association). Et, quand la victime se confie, c’est rarement à la police ; celle-ci ne reçoit que 10% des faits, et moins encore quand il s’agit d’agressions sexuelles que physiques. Pour les agressions sexuelles à l’extérieur du ménage, ce pourcentage grimpe à 17%... ce qui reste fort peu. Quand les femmes confient l’agression qu’elles ont subie, c’est plus souvent à un proche, un ami ou à un professionnel. « Tout se passe comme si elles cherchaient davantage à être comprises et soignées que vengées, ou comme si elles n’avaient pas confiance dans les chances de voir leur agresseur puni », conclut l’étude.


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