Trop d’impunité pour les violeurs

Entre 2003 et 2008, selon les chiffres donnés par le Ministre de la Justice Stefaan De Clerck au Sénat, le Parquet a classé sans suite près de la moitié des plaintes pour viol. Et c’est encore optimiste par rapport aux statistiques du Collège des procureurs généraux qui évoquent, pour 2007 et 2008, le chiffre de trois quarts des dossiers de viol classés sans suite.

C’est de toute façon beaucoup trop : il nous semble inadmissible que bon nombre de violeurs s’en tirent sans être inquiétés par les autorités. D’autant plus qu’il s’agit ici uniquement des poursuites dans les cas où la victime a porté plainte. Or on sait que de nombreuses victimes décident de ne pas en parler, que ce soit par honte, par peur de représailles ou par souhait de tout « oublier ». Différentes sources parlent d’un chiffre noir (nombre de cas inconnus à la police) du viol de 20 à 90 fois plus élevé que les statistiques policières.

Selon une récente étude européenne, la Belgique est en cinquième position parmi les 27 pays membres de l’Union européenne dans le classement reprenant le nombre de plaintes (13 plaintes par 100 000 habitant/e/s). Dans toute l’Europe, le taux de condamnations laisse à désirer. En effet, la plupart des pays membres de l’Union connaissent depuis des années une croissance des plaintes, mais une diminution du nombre de condamnations. L’écart se creuse et de moins en moins de victimes trouvent justice !

Autre constatation significative : il semble qu’une victime a plus de « chance » d’obtenir une condamnation si elle a été blessée lors de l’agression, que le violeur est un inconnu, a un casier judiciaire, a consommé de l’alcool et/ou est issu de l’immigration. Ce qui veut dire que plus un viol ressemble aux stéréotypes liés à la violence sexuelle, plus il risque d’aboutir à une condamnation. Les violeurs belgo-belges et proches de leurs victimes ne doivent guère s’inquiéter...

Dans ce domaine, la ou le futur/e Ministre de la Justice aura du pain sur la planche. Il faudra former l’ensemble du corps policier aux violences basées sur le genre (et non aux seules violences conjugales) afin d’éviter que des policiers décident qu’une plainte est inventée de toutes pièces par une femme qui veut se venger de son (ex-)partenaire. Les méthodes d’enquête méritent également d’être améliorées et adaptées, non seulement aux besoins de la justice, mais aussi à ceux de la victime. Et l’accompagnement psychosocial et juridique des victimes tout au fil de la longue procédure nous semble également une priorité.

Autant de conditions indispensables pour que ce ne soit pas seulement le nombre de plaintes qui augmente, mais aussi le nombre de condamnations. Car l’Etat doit à ses citoyennes de punir toutes les violences qui leur sont faites et de les en protéger !


Avec le soutien de la COCOF - © 2009 Garance ASBL
© 2009 Garance ASBL - www.garance.be - info@garance.be