Caméras partout, résultats nulle part...

C’est dans l’air du temps : la zone de police Nord de Bruxelles compte placer 130 caméras de surveillance sur les communes de Schaerbeek, Evere et Saint-Josse. Coût estimé : 6 millions d’euros, sans compter qu’il faut payer aussi ceux qui regardent les images...

Ces dernières années, la vidéo-surveillance (rebaptisée « vidéo-protection », c’est plus sexy) est en plein boum, pour le plus grand bonheur... des fabricants de caméras. Car pour le reste, l’efficacité du système, que ce soit en termes de prévention de la délinquance ou d’aide à la résolution de délits est largement contestée.

En Grande-Bretagne, le pays le plus vidéo-surveillé du monde (un demi million de caméras rien qu’à Londres !), Scotland Yard reconnaissait en 2008 que cette politique était un « fiasco complet ». Non seulement que l’on ne peut pas observer d’effet préventif à long terme - même l’aspect répressif laisse à désirer. Alors que la Grande-Bretagne a investi des millions pour s’équiper du plus vaste système de surveillance d’Europe, seuls 3 % des délits sont résolus à l’aide des caméras de surveillance.

En France, le Ministère de l’Intérieur a commandé un rapport dans le but de justifier sa décision de tripler le nombre de caméras. Or, ce rapport dit le contraire de ce qu’il voulait démontrer : qu’on est moins agressé dans les villes sans caméras que dans celles où il y en a un peu, et qu’il faut déjà un maillage serré pour que la tendance commence à s’inverser ; que les caméras que personne ne regarde produisent tout autant d’effet que celles qui sont regardées, et que le taux d’élucidation est sensiblement équivalent dans les villes sans caméras que dans celles qui en sont équipées...

Les critiques faites aux caméras portent surtout sur le fait qu’au mieux, elles ne font que déplacer la délinquance vers des zones non surveillées - à moins de mettre des caméras partout, avec les risques que cela comporte d’atteinte à la vie privée. Mais il y a aussi un autre effet pervers, moins connu : devant le flot d’images, les « surveillants » (quand ils regardent, ce qui n’est pas le cas pour toutes les images !) effectuent une sorte de « tri social », selon leurs propres critères : les personnes observées à Londres sont des hommes, en majorité jeunes et Noirs.

Les caméras sont donc soit inutiles, soit destinées à assurer un contrôle social. Les moyens importants investis dans leur installation pourraient être bien mieux utilisés ailleurs, par exemple pour une vraie politique de prévention primaire.


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