Les personnes âgées, ont-elles un sexe ?

En vieillissant, l’âge prend trop souvent le pas sur d’autres facettes de nos identités, comme le genre ou la sexualité. Or, bien vieillir, c’est aussi appréhender l’intimité et la sexualité quand l’âge s’invite dans la relation.

Quel(s) regard(s) les professionnel.le.s posent-ils.elles sur l’intimité des personnes âgées ? Comment évoquer ce sujet encore tabou ? Pour répondre à ces questions, le CLPS Brabant wallon, Eccossad, Pallium et Respect Seniors ont organisé ce 14 mars à Wavre une après-midi réflexive et participative sur ce thème pour déconstruire les représentations des professionnel.le.s. Malgré qu’il n’y ait eu à cette réunion aucune analyse de genre ni aucune personne âgée concernée présente, un grand nombre de témoignages écrits et variés ont rendu cette après-midi touchante : Votre intimité, c’est quoi ? « Je ne le vous dirai pas car ça ne vous regarde pas », « je ne sais plus ce que c’est », « la nuit m’appartient », « on a bien sûr une vie privée en institution, privée de tout »… Les personnes âgées ont-elles - ou devraient-elles avoir - envie de partager « tout » de leur vie avec tout le monde ?

Si théoriquement, les sexualités variées sont acceptées sereinement en institution, la sexualité sous toutes ses formes pose davantage de problèmes : quid des films pornos qu’une personne âgée regarde, des sex toys qu’elle voudrait utiliser sans être jugée, mais qu’elle n’arrive plus à nettoyer, des « qu’en dira-t-on » ou de la gestion des draps d’une « chambre d’intimité » ?

L’intimité est cet espace personnel et secret qui se délimite dans la relation à l’autre où l’on apprend à poser ses limites mais aussi à respecter celles de l’autre. Que ce soit au domicile ou en institution, cette question du respect de l’intimité devient encore plus compliquée avec l’âge de par l’aménagement des lieux de vie (lit médicalisé au living, accueil résidentiel pour couples...), la dépendance au quotidien d’un large spectre de professionnel.le.s rempli.e.s de bonnes intentions, mais aussi de leurs valeurs, leur gêne, leurs pressions pour rester politiquement correct ou dans le stéréotype, ou encore la croyance erronée de certain.e.s que l’institution serait responsable de tout.

Les institutions, de par leurs activités proposées, valorisent pourtant une certaine autonomie qui favorise les rencontres. En même temps, l’évolution de la sexualité liée à l’âge est un fait qui nécessite un apprentissage auquel ne sont pas habitué.e.s, ni les personnes âgées, ni le personnel soignant. D’ailleurs, ce personnel est présenté comme neutre par rapport au genre. Or, la majorité des employé.e.s dans ce secteur sont des femmes, et leurs sensibilités peuvent être différentes de celles de leurs collègues hommes, notamment quand il s’agit d’être exposé.e.s à des comportements sexuels des personnes âgées. Oui, il faut se poser la question comment une personne âgée peut rester au centre de sa vie si la maison de retraite est perçue comme un lieu de soins et non comme un lieu de vie. Mais il faut également tenir compte du fait que ce lieu de vie est un lieu de travail pour d’autres et que les institutions ont aussi la responsabilité de protéger son personnel contre le harcèlement et les violences, y inclus sexuels, au travail.

Toute personne âgée doit avoir la possibilité d’exprimer ses désirs jusqu’à la fin de sa vie, et la relation reste importante, surtout en fin de vie. Les encadrant.e.s ont un rôle très important, difficile à assumer parfois, entre la volonté de respecter le désir des résident.e.s et les pressions familiales. Les premiers freins au désir d’intimité des seniors proviennent souvent des enfants qui refusent de voir leur parent aimer quelqu’un.e d’autre, aimer à nouveau... ou aimer tout court. La sexualité des seniors les confronte à leur propre sexualité, confronte le personnel soignant à sa sexualité et confronte les enfants à l’existence d’une sexualité chez leurs parents… Ce serait intéressant d’explorer plus en profondeur l’impact du genre des personnes âgées sur ces pressions normatives des enfants : ce qui peut paraître acceptable pour un homme âgé passera probablement moins facilement pour une femme du même âge.

En tout cas, le manque d’intimité a des conséquences négatives sur les seniors et peut être vécu comme une forme de maltraitance. Et quand il y a maltraitance des seniors, tout le monde est concerné. Le premier réflexe est d’en parler. En Wallonie, le numéro vert 0800 30 330 de Respect Seniors aide à lutter contre la maltraitance. A Bruxelles, Ecoute Seniors est disponible à certaines heures au 02 223 13 43.

Alors que les seniors de tout âge vivent trop souvent des maltraitances invisibles, la prévention primaire des violences est encore bien plus utile et n’a pas été abordée à ces rencontres. L’approche préventive de Garance qui met les limites personnelles et la capacité d’action des femmes au centre pourrait compléter les réflexions en cours dans le secteur du troisième âge. Cela aiderait aussi à sortir du stéréotype d’un.e senior trop « docile » ou « découragé.e », et surtout dégenré.e, afin que la vie garde toutes ses saveurs et la vie sexuelle fait partie de la vie jusqu’au bout.


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