Aminatou Zazzaou, reine guerrière haoussa

Petite fille du fondateur de la lignée Zazzaou, Aminatou est née dans les territoires orientaux de ce qu’on appelle aujourd’hui le Nigéria. Dès son plus jeune âge, elle parvient à décider de ses préférences : les arts du combat et les stratégies guerrières. Ayant su gagner le respect de tout son peuple, celui-ci la choisit comme reine, au milieu du 16e siècle : une reine dure, fine stratège et autour de laquelle beaucoup de mythes et de légendes circulent. Pendant 34 ans, elle fera en sorte de consolider l’organisation économique, sociale et la défense des ces territoires Haoussa, alors que déjà les occidentaux pénètrent dans le sud Sahel, ces régions qui payeront le plus lourd tribu à la traite esclavagiste et au projet colonial. Même si des historiens contestent certains éléments de sa vie que véhicule la mémoire collective nigériane, voici son histoire. Car, qu’elle soit écrite dans les livres ou véhiculée par l’oralité, une histoire est une histoire.

« Notre Amina » (selon la signification du suffixe ’tou’ des langues amazigh) serait née en 1553 dans la Province Zazzaou (le nord-est de l’actuel Niégria), du nom du fondateur de la cité état le roi Nohir Zazzou, dont elle est la petite fille. Aînée de sa fratrie, elle est pressentie pour succéder à Bakwa - sa mère ou son père, selon les récits.

Les sociétés Haoussa habitent au contact de la forêt et de la savane (l’actuel Tchad, le Niger et le Nigéria1). Ces régions sont traversées à l’époque par d’importantes routes du commerce caravanier. Ce qui a fait émerger des petits centres urbains dynamiques : ce sont les cités états Haoussa, dans lesquelles les activités principales sont le commerce des noix de cola et la culture du cotton. Ces petits États qui étaient à la périphérie des grands empires soudanais de l’époque, vivaient dans une sorte de statut de vassalité, vis à vis de l’empire Songhaï à l’ouest et de Kanem-Borno à l’est, à qui ils devaient payer un tribut. Pour se défendre face à ces pressions constantes, les cités états se sont coalisées. Mais à partir du 15e siècles, ces équilibres se transforment avec l’arrivée des premiers Européens.

L’Islam fut introduit chez les Haoussa par le biais du commerce caravanier dès le 9e siècle, par la mise en contact des sociétés du Sahel avec les peuples nord africains. Les chroniques de Kano2 rapportent entre autres choses, la conversion de la dynastie régnante de Kano, une dynastie proche des Zazzaou, par des salafs venus du Mali. L’islamisaton est donc venu de l’ouest (du Mali) : détail qui a son importance pour comprendre les rites en présence et le syncrétisme qui a pu perdurer dans les régions haoussas. En effet, l’acceptation de l’Islam fut progressive et les croyances animistes y subsistèrent longtemps (jusqu’à aujourd’hui d’ailleurs).

La dynastie Zazzaou est déjà convertie à l’islam à la naissance d’Aminatou. La Jeune fille montre assez vite des préférences pour les jeux de bagare. D’une force et d’une détermination exceptionnelles, dès qu’elle a l’âge, elle passe la plupart de son temps à s’entraîner avec les soldats de l’armée de son/sa père/mère, Bakwa. Évoquer cette époque nous permet de réaliser à quel point les reines guerrières étaient fréquentes dans l’Afrique Sub-saharienne.

Lorsqu ’Aminatou fête ses 16 ans, son statut change : elle reçoit le titre officielle de magaijya (princesse), doit se préparer à devenir la prochaine reine Zazzaou : réunions quotidiennes avec les conseillers, entretiens divers avec les membres de la population, choix économiques, agricoles etc. Toutefois, elle va continuer de suivre ses préférences : apprendre à monter à cheval, les stratégies de la guerre, découvrir la géographie de ces territoires et d’autres choses encore. A la mort de Bakwa, c’est son jeune frère qui succèdera au trône. Le royaume prospère en paix pendant dix ans, jusqu’à la mort soudaine du jeune roi.

Aminatou, qui a gagné le respect et la confiance de tout son peuple est choisie - « élue », peut-on lire dans les chroniques de Kano - pour succéder à son frère : elle devient la 24e heba de Zazzaou (nom qui était donné aux dirigeants du pays). Ni le peuple, ni les militaires de l’armée de Zazzaou ne sont effrayés qu’une femme accède au trône : d’abord, c’est plutôt habituel pour la région (comme mentionné plus haut, certaines cités haoussas seront organisées uniquement sur base matrilinéaire jusqu’à l’établissement des gouvernances coloniales) ; de plus, Aminatou a déjà révélé ses capacités en stratégies militaires, elle a dirigé la cavalerie de son peuple à plusieurs reprises durant le règne de son frère.

Les Portugais découvrent la région en 1472, quand un de leurs navires accoste dans le golfe du Bénin. C’est de là que partaient les expéditions pour l’Afrique. La région va être utilisée pendant trois siècles comme réservoir d’esclaves pour les nouvelles colonies d’Amérique du Nord et d’Afrique du Sud. Les Anglais suivent et explorent la côte à la recherche de défenses d’éléphants, de poivre et d’autres épices exotiques. Mais très rapidement, c’est le trafic d’êtres humains par des marchands européens qui supplante tous les autres commerces de la côte.

Les Chroniques de Kano, nous relatent certaines aventures de cette fameuse reine guerrière, qui a vécu entre 1553 et 1610. Dès son intronisation, elle aurait lancé sa première expédition militaire qui va durer trois mois. Elle en organise d’autres et agrandit les territoires de la coalition haoussa, jusqu’à la côte atlantique et en direction de celles de la méditerrannée grâce à son armée de plus de 20 000 soldats. Aminatou construira des remparts tout autour des régions qu’elle réussira à rallier aux cités-états haoussa, des murs qui porteront le nom de « Ganuwar Aminatou » ou « Murs d’Aminatou » dont certains existent encore aujourd’hui et embellissent fièrement le paysage de certaines villes du Nigéria.

Selon la légende, Aminatou refusera de se marier ainsi que d’avoir des enfants. On raconte cependant que dans chaque territoire qu’elle traverse, elle aura de nombreux amants. Et d’aucuns nous disent, que le lendemain des ébats, on ne retrouvait jamais l’amant malheureux.

Aminatou Zazzaou restera à jamais gravée dans la mémoire collective niégriane qui la surnomment « la Reine Guerrière des Haoussa ». Et pour l’anecdote moderne, c’est d’elle que se sont inspirés Robert Tapert et John Schulina, les créateurs de la série télévisée Xena la Guerrière.

Pour en savoir plus :

  • Un texte intéressant sur le blog Aleeka à propos des représentations des femmes noires et leur Histoire, dont celle de Aminatou Zazzaou (http://aleeka.com/femme-noire-entre...)
  • Les Berbères : mémoire et identités de Gabriel CAMPS
  • La férocité blanche : des non-Blancs aux non-Aryens, ces génocides occultés de 1492 à nos jours de Rosa Amélia PLUMELLE-URIBE
  • Gifts For Queen Amina, un roman de Lyn REESE

Avec le soutien de la COCOF - © 2009 Garance ASBL
© 2009 Garance ASBL - www.garance.be - info@garance.be