Résistante en cheffe

Il est plus que jamais important de rappeler que des femmes aussi se sont dressées contre la violence et la barbarie de la guerre 1940-1945. Andrée De Jongh en est, et elle a 24 ans en 1940. Cette femme, à la personnalité hors du commun, cofonde, construit, dirige le réseau Comète, filière d’évasion de militaires anglais perdus en Belgique, jusqu’à son arrestation en janvier 1943. Avec la française Marie-Madeleine Fourcade et Nancy Wake, elle est l’une des très rares femmes cheffes de réseau de résistance. Retour sur l’histoire d’une femme particulièrement courageuse à l’esprit de résistance.

Portrait d'Andrée de Jongh, ca 25 ans

Andrée De Jongh nait à Schaerbeek le 30 novembre 1916, en plein milieu de la première guerre mondiale. Son père Frédéric De Jongh est directeur d’école primaire, patriote invétéré, ancien combattant et admirateur d’Edith Cavell, de Gabrielle Petit et du Père Damien. Elle grandit loin des préceptes d’une éducation religieuse. Son père est même réticent à la voir embrasser la profession d’infirmière, par crainte du caractère confessionnel de l’école bruxelloise ou elle songea à se former. Elle rêve donc de devenir infirmière mais, douée pour le dessin, elle entreprend des études d’arts décoratifs tout en suivant une formation à la Croix-Rouge de Belgique pour devenir ambulancière. Une fois ses études terminées, elle devient dessinatrice publicitaire pour une société à Malmédy.

Lors de l’invasion de la Belgique par les troupes allemandes en 1940, elle quitte son travail à Malmédy pour revenir à Bruxelles et travailler pour la Croix-Rouge. Assez vite, elle décide de rejoindre la résistance. Elle s’investit dans un premier réseau ou elle s’occupe de l’hébergement clandestin des soldats anglais évadés, réseau qui sera rapidement démantelé par la police allemande. Avec l’aide de son père Frédéric et d’un autre membre de son premier réseau, Arnold Deppé, elle décide alors de créer une filière d’évasion vers l’Espagne, traversant la France occupée.

En juillet 1941, Deppé et De Jongh font un premier voyage avec un groupe de belges qui veulent continuer la lutte depuis l’Angleterre. Elle finance le voyage en vendant ses bijoux et en empruntant de l’argent à des ami.e.s et des voisin.e.s. Arrivé.e.s à Anglet, il et elle confient les évadés à un guide basque, qui assure le transfert vers l’Espagne. En août, c’est rebelote avec deux groupes, mais celui de Deppé est arrêté en France. De Jongh passe et traverse les Pyrénées. A Bilbao, elle noue des liens avec le consulat britannique pour assurer le transfert des évadés en Angleterre, depuis l’Espagne via Gibraltar afin que les voyages des prochains groupes se déroulent au mieux.

Les britanniques finissent par faire confiance à De Jongh, qu’on surnomme alors « Dédée » ou « le petit cyclone », tellement elle emporte tout sur son passage. Grâce à ce soutien et l’aide des résistant.e.s locaux.ales, elle met en place la ligne Dédée. Pour mener à bien ses interventions, la filière utilise de nombreuses astuces, faux papiers, vêtements civils en tout genre et développe son réseau de résistant.e.s, de passeurs.euses et de logeurs.euses.

Portrait d'Andrée de Jongh après la libération

Le réseau, qui comptera jusqu’à 3000 membres, part de Bruxelles, traverse la France, puis les Pyrénées jusqu’à l’ambassade britannique à Madrid, qui s’occupe ensuite du transport jusque Gibraltar. De 1941 à la libération, la filière permet de faire évader (ou de cacher après le débarquement) plus de 700 volontaires de guerre, résistant.e.s brûlé.e.s et soldats alliés, dont 288 aviateurs, et De Jongh en accompagne personnellement 118 d’entre eux.

En 1943, Jacques Desoubrie, agent de la Geheime Feldpolizei (service de contre espionnage allemand) infiltre le réseau Comète. Cela provoquera de nombreuses arrestation. De Jongh est dénoncée et capturée le 15 janvier 1943 alors qu’elle s’apprête à traverser les Pyrénées pour la 23e fois, avec un groupe d’aviateurs. Elle est d’abord emprisonnée à Bayonne, puis à Biarritz et à la maison d’arrêt de Fresnes. Elle avoue être la fondatrice de la ligne d’évasion mais la Gestapo ne la croit pas, ce qui lui sauve la vie. Elle est envoyée à la prison de Saint-Gilles et déportée en Allemagne en juillet 1943. Elle y est enfermée dans plusieurs prisons puis dans les camps de concentration de Ravensbrück et de Mauthausen, d’où elle est libérée par la Croix-Rouge internationale le 22 avril 1945.

Après son arrestation, son réseau, rebaptisé Comète par les anglais, continue de fonctionner, malgré les nombreuses arrestations, déportations et exécutions. Son père, par exemple, très actif également, est capturé en juin 1943 et fusillé en mars 1944. La filière est alors un temps dirigée par Jean-François Nothomb (sous le pseudonyme de « Franco »), qui sera lui aussi arrêté le 1er janvier 1944 puis déporté. Le bilan de réussite de ce réseau est remarquable : 288 aviateurs alliés (dont 89 pendant la période Dédée) et une centaine de volontaires de guerre ou d’agents de renseignements brûlés de diverses nationalités échappent aux sbires nazis et rejoingnent les rangs pour poursuivre le combat. À cela s’ajoute le sauvetage de 386 alliés qui, après le débarquement, attendent la fin des hostilités en lieu sûr.

Andrée de Jongh, ca 50 ans

Après la guerre, De Jongh choisit d’entreprendre des études d’infirmière, exauçant ainsi son voeu d’adolescente. En 1954, elle part s’installer au Congo belge pour soigner les lépreux, elle y reste 6 ans. Elle ira ensuite au Cameroun, en Ethiopie et enfin au Sénégal, avant de revenir en Belgique en 1981.

Pour ses actions pendant la guerre, elle est récompensée notamment la Médaille de la Liberté (Etats-Unis), la Médaille de George (Angleterre), la Médaille de la Résistance française et la Croix de guerre 1940 (Belgique). Elle est faite chevalière de la Légion d’Honneur française et Officier de l’Ordre de Léopold ainsi que Lieutenant colonel de l’armée belge. En 1985, le Roi Baudouin l’anoblie avec le titre de Comtesse.

En 2007, De Jongh meurt le 13 octobre 2007 à Woluwé-Saint-Lambert à l’âge de 88 ans. Elle est enterrée au cimetière de Schaerbeek. Une plaque commémorative est apposée à sa maison natale du 73 de l’avenue Emile Verhaeren à Schaerbeek.

Le 30 novembre 2016 fête les 100 ans de sa naissance. A notre manière, en nous rappelant sa bravoure et ses nombreuses actions de résistance, nous lui rendons hommage.

Pour en savoir plus :

  • Marie-Pierre Udekem d’Acoz (2016) : Andrée De Jongh, une vie de résistance. Editions Racine.
  • Airey Neave (1954) : Little Cyclone, the girl who started the Comet line. (roman) réédition 2013 Biteback Publishing. Une traduction française de 1965 est épuisée.
  • Indigo Theophanus Dax (ed. 211) : Andrée de Jongh. Lepra, Äthiopien. Betascript Publishing.(en allemand)
  • Françoise Van Vyve (1986) : Une belge contre la Gestapo. André de Jongh et le réseau Comète. (épuisé)

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