Gestation pour autrui

Lors d’une assemblée générale extraordinaire organisée en février 2015, les membres de Garance se sont prononcé-e-s contre toute légalisation de cette pratique.

En préliminaire, l’AG a insisté sur la nécessité de se démarquer clairement de l’opposition de groupes ou organisations qui rejettent la GPA au nom de la famille « naturelle », « traditionnelle », ce qui les amène à rejeter également l’avortement ou l’homoparentalité, que ce soit au nom d’une religion ou du conservatisme social. Garance se situe clairement du côté de l’innovation sociale et de tout ce qui va dans le sens d’une émancipation des enfants et des femmes : ce qui n’est de toute évidence pas le cas du système des mères porteuses.

Cette prise de position s’inscrivait dans un contexte particulier : d’une part, l’organisation à Bruxelles d’une première « bourses aux bébés » (en mai 2015) ; d’autre part, l’existence de projets de loi, après une longue réflexion au Sénat (où les féministes n’ont pas été invitées : certaines ont juste eu une rencontre avec Ecolo-Groen et/ou avec le PTB). Il est intéressant de noter que la GPA devait faire partie au départ d’un projet de loi plus large sur les nouvelles formes de famille ; les politiques devront nous expliquer comment et pourquoi cet aspect a disparu. Actuellement en Belgique, la GPA n’est ni autorisée, ni interdite ; des GPA sont pratiquées dans quatre hôpitaux. Entre 150 et 200 enfants sont ainsi nés depuis 1992 ; beaucoup de demandes ont été refusées, mais des GPA sont aussi pratiquées à l’étranger.

La GPA commerciale (qui n’est de toute façon revendiquée par aucun parti en Belgique) est évidemment inacceptable : il s’agit d’une marchandisation du corps des femmes, de la réduction de l’enfant à un « produit sur commande » et enfin, elle résulte d’un rapport de pouvoir croisant genre et vulnérabilité socio-économique entre « parents d’intention » et mère porteuse.
Le cas de la GPA « altruiste » est plus compliqué. Il faut pouvoir répondre aux arguments qui lui sont favorables. Voici quelques-uns des arguments « pour » et les objections possibles.

  • « Les parents qui ne peuvent avoir d’enfants sont en souffrance » : la souffrance des uns ne peut pas justifier l’exploitation des autres. Par ailleurs, il faudrait interroger ce désir d’enfant biologique à tout prix.
  • « Dans une GPA altruiste, la mère porteuse est volontaire ; elle fait ce qu’elle veut de son corps, c’est un principe féministe » : le « choix » n’est pas toujours aussi libre, il peut être contraint, que ce soit pour des raisons économiques ou affectives, ou encore dans un rapport de force. Par ailleurs, quand on regarde des exemples de contrats entre mère porteuse et parents d’intention, on s’aperçoit que la femme ne dispose plus de son corps mais le met à disposition d’autrui : un tel contrat comprend de nombreux engagements, depuis celui de ne pas boire ou fumer jusqu’à la liberté de déplacement, les conditions de l’accouchement, parfois même les relations sexuelles ou le droit à l’avortement. Enfin, on peut considérer l’ « altruisme » des femmes comme une exploitation en soi (et la porte ouverte à une culpabilisation des femmes qui refuseraient d’être mères porteuses, par « manque d’altruisme » !)
  • « Si on interdit la GPA, il faut aussi interdire le don d’organes » : on ne peut mettre sur le même pied une question de vie ou de mort et un désir d’enfant, aussi fort soit-il.
  • « La GPA doit être légalisée au nom de l’égalité des gays avec les lesbiennes qui peuvent recourir à la PMA » : la situation n’a rien de comparable, les lesbiennes n’exploitent le corps de personne pour devenir mères. Dans une GPA, deux corps de femmes sont utilisés, commercialement ou non : celui de la mère porteuse et celui de la donneuse d’ovule (deux situations qu’on ne peut comparer au don de sperme). Quant à l’inégalité entre gays et lesbiennes, on pourrait peut-être commencer par s’attaquer à toutes les inégalités entre hommes et femmes avant de s’indigner de celle-là.
  • « La pratique existe, il faut l’encadrer » : un encadrement donnerait comme signal qu’une telle pratique est socialement acceptable, ce qui ne ferait qu’augmenter la demande et ne mettrait pas fin aux pratiques commerciales (par manque de candidates mères porteuses, ou volonté de contournement de conditions strictes pour les parents d’intention).

Mais alors, que faire ?

La réponse n’est pas simple, surtout en prenant en considération le sort des enfants, qui ne doivent pas payer les choix de leurs parents. Mais il faut remarquer que la question se poserait aussi si une loi encadrait la GPA : que faire dans les cas qui sortiraient de ce cadre ? En cas d’interdiction, que faire des « délinquants » ? Les envoyer en prison ? Les prisons sont déjà surpeuplées et, dans une approche moins répressive, devraient être réservées aux personnes représentant un réel danger pour la société. Leur imposer une amende ? Quel montant serait assez dissuasif pour des personnes prêtes à dépenser des dizaines, voire des centaines de milliers d’euros pour satisfaire leur désir d’enfant ? Leur enlever l’enfant pour le proposer à l’adoption d’autres couples ? Cela représenterait un traumatisme supplémentaire pour ces enfants.

Finalement, étant donnée l’étendue (limitée) de la GPA, on pourrait peut-être simplement laisser la situation telle quelle. L’insécurité juridique, au nom de laquelle certain/e/s voudraient légiférer, peut justement servir de dissuasion. Quant aux personnes qui vont actuellement chercher une mère porteuse à l’étranger, il n’est pas du tout certain qu’une loi que la plupart des partis veulent très stricte les dissuaderait d’avoir recours à une solution plus « simple », quoique plus coûteuse.

En conclusion :

Garance se prononce contre la légalisation de toute forme de GPA, commerciale ou non. Légaliser la GPA reviendrait à faire de l’enfant un produit et à introduire une inégalité de plus entre riches et pauvres et entre hommes et femmes. L’ « altruisme » attendu de ces dernières n’est qu’une des formes de cette inégalité.

Garance est par contre favorable à l’élargissement des possibilités d’adoption et à de nouvelles formes de parentalité et plus largement, à une remise en question globale de la prise en charge des enfants limitée à la famille nucléaire. Une réflexion devrait également être menée sur ce désir d’enfant biologique à tout prix : désir « naturel » ou plutôt, socialement déterminé ?


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