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Les femmes, espèce en voie d’instrumentalisation

Tout a commencé par une pétition adressée au président Macron et à la mairie : dans un quartier de Paris, les femmes seraient « une espèce en voie de disparition ». Vols, trafics, puanteur, déchets, insultes... tout concourt à rendre les environs du métro de La Chapelle, non loin de la Gare du Nord, quasi interdits aux femmes et aux enfants. La pétition s’accompagne d’une photo où en effet, les hommes sont seuls à occuper l’espace public, mais pas n’importe quels hommes.

L’info est aussitôt reprise par le journal Le Parisien, puis diffusée, sans autre forme d’enquête, dans d’autres médias grand public. Il faut savoir qu’il ne s’agit pas de n’importe quel quartier : c’est ici que durant des mois, des migrants (principalement des hommes seuls) venaient s’échouer, dans des conditions de vie épouvantables, avant que la mairie de Paris ne propose d’autres solutions d’hébergement et n’entoure les lieux de hautes grilles pour empêcher toute nouvelle installation de campements de fortune. Aussi, même si la pétition ne les cite pas, le lien se fait immédiatement dans les têtes : réfugiés = insécurité. Il faut quelques jours pour qu’une première habitante du quartier publie une réaction affirmant qu’elle ne reconnaît pas cette image de son quartier : certes, les femmes n’y sont pas toujours bien traitées, mais ce n’est pas pire que dans bien d’autres lieux de Paris ; certes, on y voit trafics et vendeurs à la sauvette, la propreté laisse souvent à désirer, mais c’est le sort de bien de quartiers populaires, abandonnés par les autorités ; quant aux migrants, ils chercheraient surtout à se faire remarquer le moins possible et joueraient même parfois un rôle protecteur. « Mais pourquoi ces hommes sont-ils là ? Parce qu’il y a la place pardi ! Parce que personne d’autre n’a envie d’y traîner. Parce que ce quartier est à l’abandon depuis des années ».

D’autres réactions suivent, comme celle de l’association SOS La Chapelle qui déplore une « tentative de récupération à des fins politiques », à trois semaines des législatives. Car en effet, les politiques, surtout de droite, se sont soudain tou.te.s mué.e.s en grands défenseurs.ses des femmes, Valérie Pécresse en tête. La présidente LR de la région Île-de-France a pourtant interrompu dès son arrivée le programme de formation des étudiant.e.s en travail social sur les violences sexuelles. De son côté, le député PS de l’Essonne Malek Boutih a proposé une solution plus radicale : « Dégager tous les gens qui emmerdent les femmes ». On imagine qu’une telle mesure viderait bien des villes d’une bonne partie de leurs habitants mâles.

Voilà qui rappelle d’autres « buzz » récents. Ce café à Sevran (région parisienne) où selon un reportage de France 2, les femmes étaient interdites – ce que d’autres femmes ont contesté, images à l’appui, sans que leur parole n’ait droit aux mêmes relais médiatiques. On se souviendra aussi de cette nuit de réveillon cauchemardesque, à Cologne où des centaines de femmes ont été agressées et se sont soudain trouvé plein de défenseurs qui ne s’intérssaient à leur sort que parce que cela leur donnait un prétexte pour taper sur les migrants. Ou plus près de chez nous, le fameux reportage de Sofie Peeters, Femme de la rue, où beaucoup ont fait mine de « découvrir » le harcèlement des femmes dans l’espace public juste parce que là aussi, c’est une « certaine population » d’un quartier populaire qui était pointée du doigt, comme si cela ne se passait pas ailleurs.

Il ne s’agit certes pas de nier les problèmes, ni des femmes dans l’espace public en général, ni de ce quartier précis en particulier : les trafics, la saleté, le harcèlement sont bien des réalités. Mais il ne s’agit pas d’un problème de migrants, mais de certaines formes de masculinité et aussi d’un urbanisme qui ne tient pas compte des besoins des femmes, pas plus d’ailleurs que des enfants, des pauvres, des personnes âgées ou handicapées. Comme le relève ce texte signé de femmes du quartier sur le site Paris-Luttes : « C’est trop facile de se rappeler des femmes quand il s’agit de virer les pauvres et les étrangers » ! s’insurgent-elles.

Il y a donc bien des combats à mener, mais il ne faut pas se tromper de cible, ni faire confiance à n’importe quel.le.s allié.e.s, dont les intentions sont parfois plus que douteuses.


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