Garance ASBL

Positions de Garance

Garance a pris position par rapport à une variété de sujets qui touchent notre mission, c’est à dire l’égalité entre les femmes et les hommes par la prévention des violences basées sur le genre.

Pour le moment, sont disponibles :

Revendications pour les 10 ans de Garance

A l’occasion des dix ans de Garance, l’assemblée générale a adopté les revendications suivantes :

Garance, un portrait

Garance défie les idées reçues sur la violence par son analyse féministe de genre. Remettre en question les stéréotypes sexistes permet aux femmes et aux hommes de créer des nouvelles solidarités et de renforcer celles qui existent. Le respect de l’intégrité physique et morale, ainsi que le respect des limites de chacun/e font partie intégrante des droits humains fondamentaux. Voilà pourquoi Garance favorise et renforce le droit pour chacun/e de choisir et de poser ses propres limites, de façon individuelle et collective.

Garance s’inscrit dans une logique de prévention primaire, entre autres par l’autodéfense. Nous appliquons une approche pédagogique collective, globale et cohérente en tenant compte de toutes les facettes d’une personne, qu’elles soient émotionnelles, mentales, verbales ou physiques. Nous voulons contribuer à plus de bien-être et de sécurité. Nos activités permettent aux participant/e/s de développer et renforcer leurs ressources, leur détermination et une image plus positive d’elles/eux-mêmes et de leur groupe social. Nous oeuvrons à développer des éléments indispensables à ceux-ci à savoir l’autonomie, la confiance en soi et la capacité d’action des citoyen/ne/s.

Garance a dix ans...

... et elle a besoin d’un cadre politique claire et cohérent.

Investir dans la prévention primaire permet d’épargner des dépenses importantes dans les secteurs curatif et répressif. La Belgique doit honorer ses engagements internationaux pour développer une politique de prévention des violences efficace. Une vraie politique de prévention primaire :

  • est transversale et interdisciplinaire/intersectorielle
  • a une coordination forte et continue entre tous les niveaux et entités fédérées de notre paysage politique complexe
  • suit une vision à long terme
  • chiffre les coûts des violences pour la collectivité
  • investit des moyens financiers et humains suffisants
  • utilise le gender budgetting pour s’assurer que toutes les politiques publiques participent à la prévention des violences
  • couvre toute la population et cible spécifiquement des groupes particulièrement vulnérables
  • rend visible, valorise et utilise l’expertise spécifique et la capacité d’action des femmes en matière de sécurité par un processus de prise de décision participative
  • évalue ses outils régulièrement afin que les investissements mènent à une réelle diminution des violences

... et elle a besoin que l’éducation soit non-sexiste.

Il n’y a pas d’âge pour apprendre. C’est pourquoi la prévention des violences doit avoir sa place dans l’enseignement dès le plus jeune âge. Pour cela, il faut :

  • Inclure dans le programme scolaire, dès la maternelle, des ateliers de lutte contre les stéréotypes sexistes et les discriminations, ainsi que des cours d’autodéfense féministe spécifiques au genre
  • Former les enseignant/e/s et éducateurs/trices à la prévention des violences
  • Mettre en place des procédures et des programmes pour lutter contre le harcèlement sexuel et moral dans l’enseignement, y compris l’enseignement supérieur

... et elle rêve de travailler en sérénité quand elle sera grande.

Depuis 2002, la Belgique s’est dotée d’une loi pour la lutte contre les violences et le harcèlement au travail obligeant les employeurs à prendre des mesures de prévention. Il faut :

  • que la loi de bien-être au travail précise les mesures en matière de prévention primaire des violences et du harcèlement au travail
  • encourager les employeurs à mettre en place des plans de prévention primaire, y inclus des formations d’autodéfense reconnues par le dispositif chèques formation
  • former les personnes de confiance et les conseillèr/e/s de prévention à la prévention primaire des violences

... et elle a besoin de se sentir en sécurité dehors.

La sécurité est souvent réduite aux seules questions policières et sociales. Mais l’environnement urbain a un impact important sur le sentiment de sécurité des femmes et des hommes. C’est pourquoi il faut :

  • intégrer la lutte contre les violences et le sentiment d’insécurité dans le domaine de l’aménagement urbain

... et elle a besoin d’aide face à la violence.

Des nombreux services d’aide aux victimes et aux auteurs de violence existent, mais il y a trop peu de places disponibles. De plus, des lacunes persistent, ce qui résulte dans l’exclusion de certains groupes particulièrement vulnérables de ces services. C’est pourquoi il faut :

  • garantir l’accès de toutes les personnes, indépendamment de leur statut légal, aux structures d’aide pour victimes de violence et garantie de non perte du statut légal en cas de fuite du domicile conjugale pour causes de violence
  • demander aux auteurs de violence une réparation des dommages encourus pour la collectivité et pour la victime
  • créer une équivalence au Sécal (fonds qui paie les pensions alimentaires aux femmes puis les récupère auprès des maris) en tant qu’intermédiaire entre auteurs et victimes pour le paiement des soins, et d’une pension alimentaire pour des victimes financièrement dépendantes de l’auteur

... et elle a besoin d’argent.

Depuis 10 ans, Garance fonctionne avec des bouts de ficelle et de l’autoexploitation de ses membres. Nous avons pu réaliser des avancées importantes, mais cette situation ne peut pas continuer ainsi – nous avons besoin d’un financement structurel. Nous appelons les autorités à investir dans une structure durable de prévention primaire des violences qui peut assurer l’amélioration de qualité et le maintien des acquis, entre autre par :

  • des cours d’autodéfense féministe gratuits pour tou/te/s
  • la création de nouveaux outils pour travailler avec des groupes vulnérables
  • la formation de nouvelles formatrices
  • la création de partenariats durables
  • l’intégration des garçons et des hommes

Gestation pour autrui

Lors d’une assemblée générale extraordinaire organisée en février 2015, les membres de Garance se sont prononcé-e-s contre toute légalisation de cette pratique.

En préliminaire, l’AG a insisté sur la nécessité de se démarquer clairement de l’opposition de groupes ou organisations qui rejettent la GPA au nom de la famille « naturelle », « traditionnelle », ce qui les amène à rejeter également l’avortement ou l’homoparentalité, que ce soit au nom d’une religion ou du conservatisme social. Garance se situe clairement du côté de l’innovation sociale et de tout ce qui va dans le sens d’une émancipation des enfants et des femmes : ce qui n’est de toute évidence pas le cas du système des mères porteuses.

Cette prise de position s’inscrivait dans un contexte particulier : d’une part, l’organisation à Bruxelles d’une première « bourses aux bébés » (en mai 2015) ; d’autre part, l’existence de projets de loi, après une longue réflexion au Sénat (où les féministes n’ont pas été invitées : certaines ont juste eu une rencontre avec Ecolo-Groen et/ou avec le PTB). Il est intéressant de noter que la GPA devait faire partie au départ d’un projet de loi plus large sur les nouvelles formes de famille ; les politiques devront nous expliquer comment et pourquoi cet aspect a disparu. Actuellement en Belgique, la GPA n’est ni autorisée, ni interdite ; des GPA sont pratiquées dans quatre hôpitaux. Entre 150 et 200 enfants sont ainsi nés depuis 1992 ; beaucoup de demandes ont été refusées, mais des GPA sont aussi pratiquées à l’étranger.

La GPA commerciale (qui n’est de toute façon revendiquée par aucun parti en Belgique) est évidemment inacceptable : il s’agit d’une marchandisation du corps des femmes, de la réduction de l’enfant à un « produit sur commande » et enfin, elle résulte d’un rapport de pouvoir croisant genre et vulnérabilité socio-économique entre « parents d’intention » et mère porteuse. Le cas de la GPA « altruiste » est plus compliqué. Il faut pouvoir répondre aux arguments qui lui sont favorables. Voici quelques-uns des arguments « pour » et les objections possibles.

  • « Les parents qui ne peuvent avoir d’enfants sont en souffrance » : la souffrance des uns ne peut pas justifier l’exploitation des autres. Par ailleurs, il faudrait interroger ce désir d’enfant biologique à tout prix.
  • « Dans une GPA altruiste, la mère porteuse est volontaire ; elle fait ce qu’elle veut de son corps, c’est un principe féministe » : le « choix » n’est pas toujours aussi libre, il peut être contraint, que ce soit pour des raisons économiques ou affectives, ou encore dans un rapport de force. Par ailleurs, quand on regarde des exemples de contrats entre mère porteuse et parents d’intention, on s’aperçoit que la femme ne dispose plus de son corps mais le met à disposition d’autrui : un tel contrat comprend de nombreux engagements, depuis celui de ne pas boire ou fumer jusqu’à la liberté de déplacement, les conditions de l’accouchement, parfois même les relations sexuelles ou le droit à l’avortement. Enfin, on peut considérer l’ « altruisme » des femmes comme une exploitation en soi (et la porte ouverte à une culpabilisation des femmes qui refuseraient d’être mères porteuses, par « manque d’altruisme » !)
  • « Si on interdit la GPA, il faut aussi interdire le don d’organes » : on ne peut mettre sur le même pied une question de vie ou de mort et un désir d’enfant, aussi fort soit-il.
  • « La GPA doit être légalisée au nom de l’égalité des gays avec les lesbiennes qui peuvent recourir à la PMA » : la situation n’a rien de comparable, les lesbiennes n’exploitent le corps de personne pour devenir mères. Dans une GPA, deux corps de femmes sont utilisés, commercialement ou non : celui de la mère porteuse et celui de la donneuse d’ovule (deux situations qu’on ne peut comparer au don de sperme). Quant à l’inégalité entre gays et lesbiennes, on pourrait peut-être commencer par s’attaquer à toutes les inégalités entre hommes et femmes avant de s’indigner de celle-là.
  • « La pratique existe, il faut l’encadrer » : un encadrement donnerait comme signal qu’une telle pratique est socialement acceptable, ce qui ne ferait qu’augmenter la demande et ne mettrait pas fin aux pratiques commerciales (par manque de candidates mères porteuses, ou volonté de contournement de conditions strictes pour les parents d’intention).

Mais alors, que faire ?

La réponse n’est pas simple, surtout en prenant en considération le sort des enfants, qui ne doivent pas payer les choix de leurs parents. Mais il faut remarquer que la question se poserait aussi si une loi encadrait la GPA : que faire dans les cas qui sortiraient de ce cadre ? En cas d’interdiction, que faire des « délinquants » ? Les envoyer en prison ? Les prisons sont déjà surpeuplées et, dans une approche moins répressive, devraient être réservées aux personnes représentant un réel danger pour la société. Leur imposer une amende ? Quel montant serait assez dissuasif pour des personnes prêtes à dépenser des dizaines, voire des centaines de milliers d’euros pour satisfaire leur désir d’enfant ? Leur enlever l’enfant pour le proposer à l’adoption d’autres couples ? Cela représenterait un traumatisme supplémentaire pour ces enfants.

Finalement, étant donnée l’étendue (limitée) de la GPA, on pourrait peut-être simplement laisser la situation telle quelle. L’insécurité juridique, au nom de laquelle certain/e/s voudraient légiférer, peut justement servir de dissuasion. Quant aux personnes qui vont actuellement chercher une mère porteuse à l’étranger, il n’est pas du tout certain qu’une loi que la plupart des partis veulent très stricte les dissuaderait d’avoir recours à une solution plus « simple », quoique plus coûteuse.

En conclusion :

Garance se prononce contre la légalisation de toute forme de GPA, commerciale ou non. Légaliser la GPA reviendrait à faire de l’enfant un produit et à introduire une inégalité de plus entre riches et pauvres et entre hommes et femmes. L’ « altruisme » attendu de ces dernières n’est qu’une des formes de cette inégalité.

Garance est par contre favorable à l’élargissement des possibilités d’adoption et à de nouvelles formes de parentalité et plus largement, à une remise en question globale de la prise en charge des enfants limitée à la famille nucléaire. Une réflexion devrait également être menée sur ce désir d’enfant biologique à tout prix : désir « naturel » ou plutôt, socialement déterminé ?


Avec le soutien de la COCOF - © 2009 Garance ASBL
© 2009 Garance ASBL - www.garance.be - info@garance.be